dans une voiture inconnue

Il avait environ quarante-cinq ans et j’en avais seize : il faisait l’âge de mon père! Nous étions assis dans cette voiture dont je n’oublierai jamais l’odeur rance, et dans laquelle, heureusement, je ne remontai plus jamais suite à ce jour sordide.

Après à peine quelques minutes passées ensemble à faire du « parking », minutes qui semblèrent durer une éternité et durant lesquelles je m’affairais à manipuler ce long membre rigide de haut en bas, découragée, tandis que lui regardait droit devant, en grimaçant. Il ne disait pas grand-chose, mais je lisais sur son visage irrité qu’il ne paraissait pas du tout satisfait. Une larme me vint, puis une autre, puis un flot continu.

Il me regarda dans les yeux, peu impressionné par mes pleurs – il en avait vu d’autres! – et me dit qu’il voulait que je réessaye, qu’il était habitué avec les jeunes sans expérience, que c’était surtout frustrant de gaspiller vingt-cinq dollars pour que les choses se terminent en queue de poisson. Il avait raison, je n’avais jamais essayé ce genre de manœuvre auparavant; ce n’est pas comme si j’avais ce qu’il fallait pour me pratiquer chez nous! Mes amies m’avaient pourtant averti : il s’agissait d’une opération délicate qui requérait un certain doigté…

Il rappliqua et me demanda de me dépêcher. Il n’avait pas toute la journée! Ah, l’écœurant…

À force de travailler à m’en arracher le bras et jusqu’à faire se balancer la voiture, une douleur intense me prit au poignet. Je figeai. Je pensai que je n’étais tout simplement plus capable de le satisfaire. J’avais échoué. Adieu, vingt-cinq dollars! Adieu, dignité!

À ce moment précis, une rage profonde monta en moi. J’eus envie de vomir. Je n’arrivais pas à respirer calmement, contrôlant de peine et de misère le dégoût que m’inspirait cet homme. Je voulus lui dire qu’il était un salaud, un sans cœur, un tortionnaire de la pire espèce, un déchet humain…

Mais je n’en fis rien. Je n’ai jamais osé le lui dire.

À la place, je séchai mes larmes, ramassai le peu de confiance qu’il me restait, remis une main sur le volant, l’autre sur le levier de vitesses et entrepris pour une cinquième fois de réussir mon stationnement parallèle en tentant d’ignorer le regard exaspéré de l’examinateur de la SAAQ.

One Response to dans une voiture inconnue

  1. motsirreverencieux says:

    HILARANT! C’est tout ce que je peux dire. C’est vraiment trop drôle ce texte. Tu m’a bien fait marcher! Je m’en souviendrait éternellement! Très très très bon texte!

    -Mots Irreverencieux

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s