Journal de Luce

Avis aux superstitieux, ne pas lire ce roman, refermez-le aussi vite que vous le pouvez, car vous pourriez ouvrir une porte. Cette porte ne pourra se fermer, plus  jamais. Elle sera ouverte vingt-quatre heures sur vingt-quatre, pour le reste des jours qui vous resteront à vivre, qui, par le fait même, vous seront insupportables, une fois cette porte ouverte.

 Pour ceux qui l’osent, voici mes écrits. Ils viennent d’expériences réelles. C’est la première apparition publique, et la dernière aussi. Cela m’a été très pénible de mettre à terme ce roman. Une multitude de choses me sont arrivé durant son achèvement. Nullement inventés. Croyez-moi ou non.  Je n’écrirais pas un journal de ce genre pour le seul prétexte de vous mener en erreur, mais  plutôt de vous informer, de vous apprendre, qu’il y a quelque chose d’invisible qui nous entoure à chaque instant. Qu’un infime voile transparent nous sépare de ce monde.

Je me nomme Luce. Je ne vous révélerai  pas mon deuxième nom.  Pour  notre sécurité, à vous et à moi. Les dates ne sont pas précises, j’ai 62 ans aujourd’hui. Mais tout ce que je peux vous dire, c’est que depuis l’âge de 14 ans, j’ai vécu mes premières expériences.  Voici mon histoire.

 

Chapitre premier

Nous étions en mai. J’avais 14 ans.  Les tensions entre mes parents augmentaient sans cesse. Mon père avait toujours été violant. Il ne se retenait pas pour frapper ma mère, lui faire des bleus, des coupures. Quand j’étais plus petite, il frappait les enfants. Ma mère s’y était gravement opposée, en lui exigeant de  ne pas s’en prendre à nous, qu’il devait s’en prendre  à elle. Et  c’est ce qu’il fit, depuis la proposition de ma mère. Plus jamais il n’osa lever la main sur nous, mais cela ne l’empêcha pas de faire des menaces.

Les dernier temps où il habitait encore notre maison, les seules paroles qui sortaient de sa bouche étaient criées. L’air était lourd chez nous. Mes deux frères, plus jeunes que moi, avaient de la difficulté à passer au travers. J’étais leur deuxième mère. Ils en avaient besoin.

Un jour, ma mère fit ce que jamais je ne l’aurait cru capable de faire. Elle à mise mon père dehors, avec une rage énorme dans ces yeux. Une rage qui a du s’accumuler tout au long de sa relation avec lui. Je n’oublierai jamais son regard. Même cachée dans la  garde-robe, j’ai pu le percevoir, et il avait autant d’impact de loin que de proche. Mon père se redressa, sans un mot, devant ma mère qui le regardait encore fixement. Il se retourna ensuite, après un long silence, puis se dirigera vers la porte, et quitta. Nous habitions une petite ville, en campagne éloignée, dans une vielle maison. Nous ne savons pas encore, où il a pu aller, car nous ne l’avons jamais revu depuis ce jour. Et pour tout vous dire, son absence fut pour un long moment, un soulagement.

Moi et mes frères pûmes sortir de nos coquilles, et dévoiler notre vraie personne. J’ai pu avoir la chance de voir que j’avais deux frères merveilleux, avec des mentalités totalement différentes, mais incroyables. Nous étions souvent en désaccord, mais cela faisait partie de notre personnalité, et maintenant notre père parti, nous pouvions enfin nous exprimer sans peur d’être réprimandé. Je crois que c’est à partir ce moment précis, où nous avions tous su que notre père ne reviendrait jamais, que notre vie allait réellement commencer. Mais c’est aussi le moment où des choses se sont mises à se produire et à faire monter à la surface de nos mémoires, de lointains souvenirs d’une autre vie.

Chapitre deuxième

Été de mes 14 ans. Notre maison était centenaire. Il était donc sûr d’entendre pleins de craquement de part et d’autre de la demeure. Tout  petits déjà, mes frères et moi nous nous y étions habitués.  Trois étages la constituaient. Le premier étage, là où le salon, la cuisine et la chambre de mes frères se trouvaient, le deuxième étage où était située la chambre de mes parents, puis,  il y avait la cave. C’est là où ma chambre se trouvait. Ce sous-sol était divisé en deux parties. Les anciens propriétaires avaient agrandi la maison, qui elle était autrefois plus petite. Alors il y avait deux parties bien délimitées. Ma chambre était dans la partie rénovée, avec un plafond, un plancher et des murs. De l’autre côté de ces murs, il y avait la vraie cave. Le sol était en ciment froid, craquelée de toute part, les murs n’étaient pas finis et il n’y avait pratiquement aucune isolation. Même en été, on y gelait. Le plafond, qui en fait était le plancher du premier, était supporté par d’énormes troncs d’arbres, ayant encore l’écorce et la mousse sur leurs flancs. Des insectes y vivaient mais, étant fille de campagne, les petites bibittes n’étaient pas des choses effrayantes à mes yeux. Dans un coin, il y avait de vieilles chaises, tissées avec des nerfs de bœuf. Des antiquités ci et là, éparpillés d’une façon bizarrement ordonnée. Je n’ai jamais cherché à savoir d’où ils venaient. Cela ne m’était jamais passé par l’esprit. Il y avait aussi un foyer. Noir charbon, en métal forgé. Ce n’était pas une cheminée luxueuse, c’était juste une utilitaire, de quoi se réchauffer durant l’hiver. Un peut partout de ce côté de cave, il y avait des vieux livre poussiéreux, les pages jaunies par le temps et la fumée de vieux cigares, comme fumait mon père à l’époque. On le sentait en feuilletant quelques pages, elles en étaient humectées.

 Cette décrite cave, avait quelque chose d’étrange. On ne s’y aventurait pas souvent. On en avait peur, en d’autres mots. Il y avait quelque chose en bas, mais nous ne savions pas ce que c’était. Pour être franche, je ne dormais même pas dans cette chambre. Je n’y arrivais pas.  J’avais toujours l’impression que quelque chose était là, partout en même temps, mais autour de moi. Ma porte était équipée d’une serrure, et les quelques fois que j’y avais passé la nuit, je la barrais. Vraisemblablement, cela n’empêcha pas la présence de rôder autour de moi. C’est pour cela, qu’après cinq nuits de suite, je décidai d’aller dormir sur le divan du salon, et ce, à partir de ce jour, pour le reste des nuits que j’avais à passer dans cette maison. Mes meubles et mon garde-robe ne changèrent toutefois pas d’emplacement.  Lorsque j’avais du linge à ranger, il fallait que je descende les escaliers et venir les déposés dans mes tiroirs. Un jour, durant cet été, je devais descendre, comme toute les autres fois, ranger mes vêtements dans mes tiroirs. C’est là que je vis ma première apparition.  Lorsqu’on descendait les escaliers, il fallait immédiatement tourner à gauche pour pouvoir aller dans ma chambre. Hors, lorsque je descendis en bas, cette journée là, tout de suite après avoir allumé la lumière, j’ai vu, passant en dessous de ma porte fermée, une ombre noire opaque se diriger dans ma chambre. Ce n’était pas une ombre normal, car elle ne reflétait que sur le plancher, et aucunement sur la porte, ce qui était impossible, cela n’a donc pu être mon  ombre, car, moi j’étais immobile et l’ombre s’introduisait graduellement dans ma chambre. Elle bougeait.  Sur le coup, j’ai ouvert la porte, déposé mes vêtements sur le lit,  puis j’ai ressenti l’irrésistible envie de monter à l’étage et d’aller me réfugier là où il y avait quelqu’un. À ce moment là, j’ai eu peur. Extrêmement peur. En montant l’escalier menant à la cuisine, j’exposais mon dos à un danger, et je ne pouvais même pas le voir. Monter ces quelques douze marches me semblait éternellement long. Ce n’est qu’une fois en haut et face aux escaliers que j’ai pu reprendre mon souffle. Je ne vis rien. Mais je sentais quelque chose, comme si une main invisible qui tenterait de me retenir et de m’entraîner dans le fond de quelque chose dont je n’aivais nullement envie de voir.

Ma mère me cru sur-le-champ. Elle n’avait pas d’autre choix, elle voyait bien que j’étais terrorisée, la peur se lisait dans mes yeux. Elle me croyait. C’est ça qui importait. Après avoir entendu mon récit, ma mère me fit part de choses assez surprenantes. Elle me confia qu’elle aussi avait vécu des choses similaires. Cela me fit réfléchir longuement, j’y passais mes nuits, et j’en vain à y passer mes journées. Quand mon père nous quitta, il a étonnamment laissé un vide. On a cru bon de le remplir en adoptant un chien. Ce chien nous émerveillait. Elle était douce et affectueuse, elle nous offrait en quelque sorte tout l’amour en une seconde alors mon père nous aurait donné  la même quantité pour toute une vie. Elle dormait toujours avec moi. Le soir, elle se blottissait dans mes couvertures et elle se plaçait à mes pieds, c’était une couverture chaude qui respirait. Elle me les réchauffait. Puis on s’endormait toute les deux, autant rêveuse l’une que l’autre. C’est lors d’une nuit comme celle là, qu’un deuxième évènement se produisit.

Dans le salon, où je dormais sur le fauteuil, il y avait un escalier qui permettait d’accéder au deuxième étage. En dessous ce celui-ci, il y avait un placard. On s’en servait généralement pour ranger les décorations de Noël, mais cette année, on avait décidé de les ranger à la cave. Donc, il n’y avait rien, dans cette garde-robe. Vers les trois heures du matin, le chien se leva, alla devant la porte du placard et se mit à grogner de façon à ce que je ne la reconnaisse plus. Son poil était tout hérissé, comme un chat, elle avait le dos rond et les yeux vitreux. Après de longs grognements de peur, elle se mettait à japper sans arrêt. Lorsque j’approchais pour la calmer, elle se retournait contre moi en me montrant ses canines et en remontant sa lèvre supérieure, comme si elle m’interdisait de faire un pas de plus. Cet évènement se produisait, étrangement, toujours à la même heure. Cette crise ne durait cependant qu’une dizaine de minutes. Après ces pénibles instants, elle revenait tout bonnement se réfugier a mes pieds, encore toute tremblante. Elle finissait néanmoins par s’endormir, mais moi, j’en étais incapable.

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