l’enfant perdue

Il s’appellait Yvan, il était jeune, à peine une dizaine d’années. Des souliers usés à ses pieds presque percés, du tissu effiloché pendait du col de sa chemise et des genoux de son jean, une égratignure sur la joue, probablement récente, des cheveux noirs, sales et ébouriffés. Il était mignon avec ses grands yeux sombres qui bougeaient constamment car il avait conscience des gens autour de lui, que ce soit les itinérants qui marchaient avec leur sacs remplis, les familles qui promenaient leurs enfants ou les punks tatoués qui se bagarraient. On était lundi et la journée s’annonçait chaude et humide, ce qui était inhabituelle pour un mois de septembre qui avait été plutôt pluvieux que l’on pourrait comparer à un froid de canard. Le soleil était à peine levé que l’on sentait déjà une lourdeur dans l’air chargé d’humidité qui n’allait pas tarder à apparaître.

 

Yvan était là, assis sur un banc, le ciel d’un bleu métallique éblouissant l’étang devant lui où barbotaient quelques canards en quête de nourriture. Un moment, son attention fut attiré par une vielle dame assise sur le banc à côté de lui. La tête penchée vers le bas elle semblait dormir mais, en la regardant plus attentivement on voyait qu’elle bougeait ses jambes et qu’elle avait les yeux ouverts avec le regard fixe, comme si elle était sous l’emprise de l’alcool ou de la drogue. En la regardant, Yvan se mit à penser à sa mère, cette femme qu’il aimait plus que tout mais qui, au fil des ans était devenue une étrangère à cause de sa dépendance pour la drogue. Penser à elle, le rendait triste parce qu’il se rappelait le temps où sa vie était agréable. Aujourd’hui, il ne lui restait plus que le silence et la solitude et il en était conscient malgré son jeune âge, il se sentait désormais délaissé, mis de côté, écarté de son chemin. Seul dans ce parc en cette chaude matinée il se sentait perdu et ne savait que faire. Il se rappelait sa maison d’avant avec ses fenêtres à carreaux, ses volets verts, les pots de fleurs accrochés aux barreaux de la galerie avec ses couleurs multicolores, le jardin entretenu avec amour par sa mère qui donnait tant de vie à la maison. C’était le temps où la vie était bonne et douce, où tout le monde était heureux. Mais tout ça c’était avant, bien avant que le drame ne se produise. Il était vivant et maladif, assis sur son banc de parc à se rappeler le passé, donnait à Yvan des sueurs froides car sa vie maintenant n’était plus qu’un beau souvenir. Sa maison n’était plus ce qu’elle était, sa maison était semblable à un vrai taudis, avec ses fenêtres sales, ses volets fracassés. Le jardin n’était plus autre chose que de la terre et des touffes de mauvaises herbes. A l’intérieur c’était pire avec l’odeur qui régnait dans la cuisine remplie de mégots, de bouteilles vides et de poudre blanche qui trainaient un peu partout. C’était une vision qui lui donnait la chair de poule et c’est pour toutes ces raisons qu’Yvan était seul, assis sur ce banc de parc.

 

Ça faisait déjà quelques jours qu’Ivan verrait à chaque matin s’asseoir tout seul sur ce banc de parc. La route était longue depuis sa maison, mais peut importe la température, qu’il fasse chaud ou qu’il pleuve averse Ivan marchait quelques kilomètres tous les matins pour se rendre dans ce parc. Il quittait la maison avec son sac à dos rempli de choses importantes pour lui comme sa bande dessinée préféré, celle qu’il regardait tous les soirs avant de s’endormir. Il avait aussi son super héro préféré, Batman que son père lui avait offert l’an passé pour son anniversaire. Il se rappelait de cette journée, la plus belle de sa vie comme si c’était hier. Il avait demandé cette figurine de Batman qu’il avait vu un jour dans un magasine et que tous ses amis possédaient déjà. Il rêvait tous les nuits jusqu’à ce que son père lui offre ce premier et unique cadeau. Mais la chose la plus importante que Ivan avait dans son sac était une photo de famille, ses parents, sa petite sœur et lui. Il la gardait précieusement dans un sac en plastique pour la protéger car c’était la chose la plus importante qu’il possédait et à la quelle il tenait.

 

Depuis qu’il venait au parc à tous les matins, Ivan n’allait plus à l’école et il commençait à se demander si quelqu’un n’allait pas venir le chercher et le ramener à l’école. De toute façon, Ivan n’avait pas d’ami ou personne d’autre qui s’inquièterait de ne pas le voir. Il était un petit garçon invisible. Ivan se mit à penser à sa petite sœur qu’il ne verrait jamais. Elle était si belle avec ses cheveux blonds bouclés, ses grands yeux bleus comme l’océan et sa bouche en cœur. Il se souviendrait toujours de ses éclats de rire et comment elle sautait sur place lorsqu’elle était contente. Il ne lui restait que ses souvenirs des balades en famille, des repas où tout le monde riaient ensemble d’une bonne blague qu’Ivan avait laissée à la table. En ce temps là, la famille était réunie et Ivan pouvait dire qu’il était heureux comme un poisson dans l’eau. Maintenant Ivan était seul, isolé, abandonné. Il avait eu une enfance sans un nuage, il avait été très heureux jusqu’à il y a quelques semaines.

Il y avait maintenant quelques heures qu’il était là a réfléchir dans ce parc et son estomac commençait à faire des drôles de bruits ce qui lui fit penser qu’il avait une faim de loup. Tout à coup, Ivan, entendit un bruit juste à côté de lui et en se retournant il a vu un gros chien qui le regardait avec sa langue pendante et ses belles grandes oreilles poilues. Il ne savait si le chien était méchant ou gentil, alors il n’osa pas le toucher. C’est alors qu’une petite fille apparut à côté de lui et lui dit :
-C’est mon chien et il n’est pas méchant, tu peux le caresser il aime ça.
Ivan lui fit une caresse sur le dessus de la tête de lui demanda :
-Comment s’appelle-t-il?
-Il s’appelle  Hugo, lui dit la petite  fille.
-Est-ce que tu veux jouer avec nous?
-Oui, dit Ivan.

Les deux enfants couraient dans le parc en lançant la balle au chien qui courait pour la rattraper, il croyait flotter sur l’horizon, mais non, il était que sur le gazon. Ivan avait beaucoup de plaisir à jouer avec sa nouvelle amie mais il avait toujours faim et il avait envie de manger quelque chose. La petite fille qui s’appelait Sara alla rejoindre sa mère qui .tait assise sous un arbre un peu plus loin et qui préparait un piquenique. Elle invita Ivan à venir les rejoindre, il avait tellement faim qu’il accepta avec plaisir. Ivan mangea tout ce que la mère de Sara lui donna, des sandwichs, des muffins, du fromage, une  pomme, il avalait tout comme s’il n’avait pas mangé depuis des jours. La mère de Sara trouvait étrange qu’un petit garçon de cet âge soit tout seul, sans ses parents. Elle voyait bien qu’Ivan avait des problèmes, elle avait remarqué que ses vêtements étaient  sales et déchirés et son visage étant triste. Avec le ventre bien rempli, Ivan se sentait mieux et il trouvait la mère de Sara tellement belle et gentille. Il aurait aimé avoir une mère comme celle de Sara avec un chien comme Hugo. Sara lui rappelait une autre petite fille qui malheureusement ne pouvait plus jouer avec sa mère ou son chien et ne pouvait plus courir dans le parc en sautant partout. Ivan et Sara continuèrent à lancer la balle à Hugo et à courir partout. Il faisait tellement beau et Ivan était tellement heureux qu’il oublia ses problèmes pendant quelques heures.

Mais comme toute bonne chose à une fin, Sara et sa mère devaient partir. Ivan se mit à marcher dans les rues de la ville en trainant son sac à dos. Il s’arrêta pour regarder la vitrine d’une animalerie où des chiots se bagarraient gentiment. Il y avait quatre petits chiots noirs et bouclés, avec des pattes énormes et une jolie petite queue. Il les regarda jouer quelques minutes et se décida à partir. Au bout de la rue il y avait une voiture de police qui était stationnée. Comme il ne voulait pas se faire remarquer par eux, il décida de courir dans l’autre direction. Malheureusement les policiers l’on remarqué et on décidé de le suivre pour savoir pourquoi un petit garçon de cet âge se sauvait.

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s