L’orchidée papillon

Papa célébrait le décès de mon frère avec une telle tristesse qu’on eut dit qu’il était anéanti. C’est vrai, je l’aimais moi aussi mon frère et je m’ennuyais de lui. Il était parti si vite, dans le souci d’aider notre famille. Il était si gentil, généreux et aimable. Un vrai ange si vous me demandez. Si seulement il était resté un peu plus longtemps, j’aurais pu lui offrir son cadeau de fête.

 

Les dernières semaines de mon été devaient être les plus mémorables de toute ma vie, elles ont passé comme un éclair dans l’œil d’un typhon, ni vu, ni connu. Pourtant, j’adorais m’aventurer là-bas, au loin à la rivière derrière la maison, il faisait toujours beau, le ciel éclatait de mille feux et pourtant, rien ne pouvait gâcher ce splendide spectacle. Bien entendu, mon frère devait être présent dans le paysage que je contemplais, mais si on le regardait de très loin, il apparaissait seulement comme une petite tâche déformée. Ça le représentait bien non?

 

–       Hey petite sœur, cria-t-il.

 

–       Qu’est-ce qu’il y a Dang.

 

–       Il y a un crapaud ici, viens voir.

 

Certes jadis, lorsque j’étais toute petite fille, j’adorais les crapauds, ils étaient si beaux et ils faisaient de drôle de bruits. Ça m’amusait pour une journée complète. Mais bien entendu c’était lorsque j’étais petite, j’avais désormais 12ans! Les crapauds me répugnaient, ils étaient comme mon frère, laid, gros et vert. J’exagère peut-être, mais il est évident qu’un frère ne peut être beau, c’est pourquoi que je voulais une petite sœur, imaginez un instant une petite sœur mignonne, adorable et inoffensive. Enfin, j’y penserais rendu à ce stade. J’étais là, planté devant lui, comme une vraie taupe qui sortait sa tête de son trou pour la toute première fois de sa vie, le soleil ne faisait qu’une bouchée de mes yeux, c’est vrai, ce n’était pas de ma faute si j’étais née à l’autre bout du monde. Plus précisément l’occident, non l’orient plutôt, je me trompe toujours.

 

–       Hey!, me dit-il avec excitement.

 

–       Quoi? repris-je avec un air sournois.

 

–       Est-ce que maman et papa me laisseraient le garder?

 

–       Non, tu ne peux le garder, il y a déjà trop de benêts à la maison.

 

–       Ça veut dire oui ça? Demanda-t-il bêtement.

 

C’était assez, j’eus pris le crapaud et le lança le plus loin possible, heureusement il atterrit dans la rivière, je l’espère.

 

–       Les enfants, venez manger!, crièrent mes parents.

 

En un temps de trois mouvements, nous fûmes assis à nos places respectives. Mes parents me disaient souvent qu’une maison n’était pas un bordel, je me ramassais tout le temps pourtant? Pour une fois à la table, on mangeait en paix, autrement dit mon père ne nous racontait pas ces journées en tant que superbe comptable et ma mère ne nous racontait pas ces périples avec ces jeunes délinquants de première classe, elle était professeur au primaire. Enfin, mon frère brisa le silence pour parler de sa fichue créature et comment je l’avais jeté par-dessus bord. Ça y était, mon père allait me donner la punition, c’est vrai que Dang était plus jeune que moi, mais il était si sot, un vrai chameau au pôle Nord.

 

–       Vous voyez les enfants, c’est la guerre dans notre pays, on ne peut rester ici bien longtemps, dit fermement mon père.

 

–       Il a raison, nous devons partir dans les semaines à venir, les jours mêmes, reprit ma mère.

 

Je n’avais jamais compris  pourquoi qu’il y avait la guerre, est-ce une façon de négocier la paix?

 

–       Vas-tu finir tes haricots, ajouta mon frère.

 

Je secouai la tête pour lui faire signe que non, et puis j’y pensais, si Dang était en réalité un gentil petit garçon, non, j’allais bien trop loin, tous les garçons sont sots, sauf papa bien entendu.

 

–       Bon les enfants, il est l’heure d’aller se coucher, faites votre prière et passer une bonne nuit, dit ma mère d’un ton bas.

 

–       Oui maman, bonne nuit papa, reprit-on.

 

Je priai bouddha tous les soirs, mais cette nuit je lui est demandée une toute petite chose de plus. Non se n’était pas un nouveau vélo, mais bien que notre famille reste intacte. Au fond de moi-même je l’aimais notre petite famille, c’est vrai qu’Hao était parti, mais elle restait dans chacun de nos cœurs, peut-être même dans celui de mon frère qui sait?

 

–       Dang, est-ce que je peux prendre le lit du haut? lui dis-je

 

–       Mais tu sais très bien que j’ai peur dans celui du bas.

 

–       Tu es une vraie fillette, repris-je avec une voix délicate.

 

–       Non ce n’est pas vrai!

 

–       Alors prend celui du bas si c’est ce que tu souhaites.

 

Il était là, planté comme un pieu dans le sol avec d’énormes yeux en larmes prêt à fendre en mille morceaux.

 

–       D’accord…, me répondit-il péniblement.

 

Puis je me suis misse au lit. À la campagne lorsqu’on dort, tout est tranquille, on entend les arbres joués à cache-cache, les animaux se parler entre eux et le vent vient parfois nous chuchoter de la poésie. C’est surement ce qu’on appelle une ataraxie. Pourtant, je sentis quelque chose me bousculer, cela m’arrivait de faire de drôles de rêves qui n’aboutissaient à rien.

 

Tout d’un coup, le soleil est apparu et il éclaira toute la chambre.

 

–       Mais Dang que fais-tu dans mon lit? lui dis-je d’un ton hystérique.

 

–       J’avais peur sœurette, désoler, me dit-il, prêt à me donner les bénédictions du ciel pour se faire pardonner.

 

Après avoir l’assommé, je me dirigeai vers la salle à manger où mon père manigançai un plan. Celui de notre escapade vers un autre pays.  Un autre pays? Je connaissais seulement que le nôtre et j’avais du mal à toujours m’en rappeler. Pour moi, il n’y avait qu’un seul pays, le nôtre, mon monde en d’autres mots. Pourquoi ne pas envoyer notre bien le plus précieux, c’était ce que je voyais dans le plan de mon père.

 

–       Mais papa, pourquoi devons-nous partir? Je veux rester et je vais rester, dis-je.

 

–       Ma chérie, ne vois-tu pas que l’on risque nos vies ici, j’aime mieux vous donnez une nouvelle vie qu’essayer  de risquer celle-ci et n’aboutir à rien, me dit-il avec son ton d’adulte sévère.

 

Je voulais donner mon opinion, mais d’un autre côté il avait raison, en faites il avait toujours raison. Là était son seul défaut. Je pris donc un relai vers la rivière, sanctuaire de la paixje contemplai la nature tel qu’un oiseau scrute l’horizon à la quête de nourriture. Et d’un seul coup, j’aperçus une branche d’orchidée papillon. Elle était magnifique. Tout simplement magique. Je devais la garder, elle était quand même le symbole de moi et mon frère, je l’avais choisi il y a bien des années pour sa fête et il l’adorait depuis. C’est pourquoi que je devais la garder précieusement, comme un trésor perdu. De retour à la maison, j’appris que mon frère était parti, papa l’avait envoyé chercher de l’aide dans notre famille hors du pays, je ne l’ai connaissais pas moi les autres et pourtant ils devaient nous aider. Papa lui avait aussi donné toutes ces économies, argent qui ne valait plus grand-chose. Dang était chargé de revenir pour la famille, c’était la tâche que papa lui avait donné, il était déjà loin en bateau.

 

Chaque jour chez nous, la tension était de plus en plus forte, on eut cru que la pression de l’océan nous pesait dessus. Mon père devenait de plus en plus dingue.

 

–       Papa, calme toi, il reviendra croit moi, dis-je.

 

Il me regardait, confus à l’idée de bien vouloir croire mes sottises, mais il devait s’il ne voulait pas finir fou. Les jours et les semaines passèrent. Rien à faire, mon père se lamentait sur son sort en disant que c’était de sa faute, qu’il n’avait j’avais du envoyer Dang. Il était anéanti. Il ne pouvait, qu’être mort disait-il. Je ne voulais le croire, car je savais qu’il était parmi nous, je le savais.

 

–       Mon Dieu!, s’écria ma mère.

 

–       Il nous a envoyé une lettre!, reprit mon père.

 

–       Ouvre-la, lui dis-je hors de moi-même, ouvre-la!

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