Mon ange

On ne décide pas de venir au monde. On ne décide pas de mourir. Mon père me disait toujours : « Il y a deux choses que tu ne pourras jamais décider : ton père et ta mère. » Aujourd’hui, j’en comprends la signification… Ma mère vient de mourir. Ma sœur vient de naître. Ce sont les parents qui décident si on vit. Ce qui est dommage, c’est qu’on naît parmi plein de gens pour nous aider. Mais on doit quitter ce monde sans aide, seul, dans le noir. Ce courage là, ma mère l’avait. Elle a accompli milles choses dans sa vie, ma maman. Mais aujourd’hui, elle a accompli la plus merveilleuse, autant que la plus souffrante chose. Elle a décidé de mourir pour laisser ma petite sœur vivre.

***

J’ai 9 ans. Je vois mon père qui ne se ressemble plus. Parmi les vagues souvenirs que j’ai de lui depuis ma naissance, c’est tout comme si mon père avait suivi les traces de ma mère. Il nous a abandonnés, ma sœur et moi, dans les mains d’un cauchemar infini et pénible. Un être puissant, intimidant, qui effraie et meurtri chacun des membres du petit être qui se trouve devant lui : ma sœur. Parce que moi, étant petit garçon au cœur guerrier, j’affronte mes peurs afin de permettre à ma sœur de vivre comme ma mère l’aurait souhaité. J’accepte les coups et les images terribles qui font ramollir mon cœur sous le poids de la colère et de la tristesse. J’accepte, car je sais que ma mère ne m’abandonnera pas. Elle est partie, mais elle revient. Ma maman, c’est notre ange gardien. Elle vient nous visiter chaque nuit. Elle vient me voir, son petit garçon qui voit tout. C’est vrai, parce que maman l’a dit, que je vois tout. Je l’ai vue sourire, pleurer, aimer, haïr, souffrir, vivre…mourir. J’ai vu mon père sourire, pleurer, aimer, haïr, souffrir, vivre…et battre. Je l’ai vu se transformer en monstre. Un démon aux yeux noyés de douleur qui dort au plus profond de lui. Mon père n’avait jamais été un homme perdu. Il avait les pensées d’un écrivain, d’un poète. Il avait les mots d’un combattant, il était toujours honnête. Mon père avait une tête forte, et des bras si puissants qu’il ne laissait jamais rien tomber. Lorsqu’il avait un projet, il fonçait, il y allait jusqu’au bout. Il était l’autre moitié de maman. Ils se complétaient si bien avant qu’il noie son cœur dans toutes ces bouteilles. Ils ne faisaient qu’un, avant qu’il disparaisse derrière ce masque horrible. Un visage déformé comme si on avait arraché les ailes d’un ange. Comme si on avait écrasé le cœur d’un homme. Exactement; c’est exactement cela. Là-bas, plus haut que les nuages, ce pays imaginaire qu’on fait croire à tous les enfants qu’il existe, là-haut où ma mère pleure, des gens ont décidé que notre famille méritait d’être séparée. Qu’elle devait être écrabouillée par le corps d’un monstre. Par l’alcool, ils firent  croire à celui qu’on appel mon père, que tout était la faute de ma sœur. Un petit ange, si minuscule et impuissant qui un jour, sera exactement comme maman. Elle sera aussi forte, elle aura son intelligence, sa beauté qu’elle a déjà, et le même sourire qui fera d’elle tout ce dont mon père, un profiteur, craindra. Il y verra la femme qu’il a le plus aimée dans sa vie. Il verra, comme le reflet d’un miroir dans les yeux de ma sœur, tout le mal qu’il a accompli. Et peut-être qu’à son tour, il ressentira la souffrance que nous vivons, nous, ses enfants, des objets. Ceux qu’on se sert pour vider ses pensées brouillées à coups de poings. Ceux sur qui l’on croit apaiser notre colère. Et pourtant, tout cela est faux. Pourquoi faut-il que ces sentiments affectent les personnes qu’on aime le plus? Pourquoi faut-il que les mensonges soient si mensongers qu’on s’y perd? Pourquoi faut-il être aveuglé sans cesse par ce qui nous entoure? Pourquoi faut-il préférer dormir et rêver à toutes les beautés que la vie pourrait cacher, au lieu d’affronter la sombre vérité, et changer cette réalité qui hante notre univers? Pourquoi faut-il se faire des illusions pour vivre? Ma mère est morte, et mon père est fou. Et moi, j’ai 9 ans, je vis, je vois et je souffre. Je souffre car la seule chose que je peux voir, c’est ma petite sœur. Une beauté dominée par un être qui, à l’opposé d’être son protecteur, est son profiteur. Pourquoi je vis? Pourquoi je vois ces atrocités? Parce que je suis le seul à accepter de les voir, le seul à vouloir le bonheur de ma petite sœur, le seul qui, malgré ma hauteur, soit assez courageux pour combattre mes pires cauchemars. Le seul assez fort, même si je suis faible et apeuré, pour penser à donner de l’amour et de la protection au petit être né de mon ange gardien. Né par la force d’un amour tellement fort qui unissait deux belles âmes. Mais il a fallu qu’une force supérieure à la vie, la mort, enlève ce bonheur. Un jour, elle connaîtra le sort d’un amour encore plus puissant que celui qui fait naître. Un amour qu’une mère transmet à ses enfants. Un amour qui me manque énormément. Il est là, quelque part, sans l’être tout à fait. Il est là, transparent, déchiqueté en morceaux. Il fait surface la nuit. Cet amour était présent avant que mon père s’effondre et s’apitoie sur son sort. Avant que ma mère s’envole. Avant que ma sœur vienne au monde, et qu’il abuse d’elle sexuellement…

***

La seule chose que j’entend est ce cri qui résonne en écho au fond de mon crâne. Il parcours un bout à l’autre sans s’éteindre, sans s’apaiser. Au contraire, il grandit et s’intensifie. Je marche et j’essai de me changer les idées. Mais c’est impossible. Je ne suis bon qu’à réfléchir devant ses affreuses images ineffaçables qui refond surface.

«Tu aurais dû lui faire face au lieu de te sauver. Au fond, tu est exactement comme lui, tu l’abandonne, elle est seule sans défense.»

Les ruisseaux de toute la Terre n’égalent pas la mer qui coule sur mes joues froides. C’est tellement insupportable que de se sentir impuissant et inutile. Je ne pouvais rien faire, il est encore trop fort…

En ce jour de pluie, plutôt froid, mon cauchemar s’est réalisé. Chaque nuit, je rêve à ma petite sœur qui vit un sort terrible. Celui d’être dominé par un corps terrifiant et lourd. Mais dans mon rêve, elle ne criait pas. Dans mon rêve, j’avais des bras aussi gros qu’Hercule. Dans mon rêve, je tenais tête à ce monstre qui nous a mis au monde. Et je sauvais ma petite sœur du noir dans lequel elle était enfermée. Ma mère voulait me préparé à ce jour, me dire quoi faire, mais je n’ai pas réussi. Je l’ai vu se coucher sur son petit corps fragile et nu, et même si ce lit aurait été plus confortable que ce matelas aussi mou que du bois, la scène aurait été identique. Elle a essayé, comme d’habitude et sans succès de s’enfuir, apeurée, criante de douleur, pleurant sa peur, m’appelant… Mais telle une bête, son profiteur lui tira les cheveux, sa grosse main gifla furieusement son visage et un pied s’abattue de toutes ses forces sur sa petite cuisse déjà tachée de bleus. Elle s’évanouie sans cesser de vider l’océan qui remplace son cœur. Sa lèvre était enflée et saignait, et lui trouvait quand même le goût de l’embrasser. Même s’il ferme les yeux, ce n’est pas pour s’empêcher de voir le mal qu’il lui fait, c’est pour prévoir la souffrance qu’il lui fera. Il fuit l’image de sa femme, ma chère maman, qui regarde de haut l’enfer qui brûle plus bas. Tout aussi impuissante et triste que moi. Ce n’est pas ce qu’elle souhaitait, seul lui ne s’en rend pas compte. Alors qu’il croit la venger, il la tue chaque fois qu’il pose une main sur son petit trésor de 3 ans. Et tout ce que j’ai trouvé à faire, manquant de force pour me jeter sur lui comme un enragé, je suis parti. De la même façon que ma mère, en silence. J’ai mis mon manteau et je suis sorti au froid, parce que plus rien ne m’atteint autre que ce petit regard défiguré de ma sœur qui crie à l’aide. Et pendant ce temps, elle est toujours prisonnière et n’a aucune sortie. Des bras aussi solide que des barreaux la retiennent clouée sur un lit d’acier. Je pris mon courage puisque aucunes autres larmes ne cherchaient  à s’échapper, et je repartis après 4 heures d’absence, dans cette maison sans soleil, sans petites lueurs d’un rayon de soleil, situé sur le coin, au bout de la rue, camouflé derrière des arbres mourant de plus en plus à chaque minute qui passe. Parce que comme nous, personne ne s’en occupe. On les laisse mourir seuls, sans lumière.

Je rentrai, et en faisant le moins de bruit possible, j’allai me réfugier dans ma chambre, le moral bas. La maison était si silencieuse qu’on aurait pu la croire abandonnée. D’un côté, elle l’était. Parce qu’il n’y a plus aucune vie ici, il n’y a que mort et cauchemar. Un respire étant comme un miracle. J’attendu que mon père aie se coucher, puis lorsque fut l’heure où le silence se réinstalla confortablement, j’allai sur la pointe des pieds rejoindre ma sœur. Lorsque j’entrai, elle sursauta. Elle se retourna en me voyant pour cacher ses yeux rouges et son visage blanc de peur que j’avais déjà vu. Je m’assit sur son lit, silencieux et confus, et caressai ses longs cheveux d’un brun presque noir. Exactement comme ceux du souvenir de ma mère. Je sentis sa respiration sauter, mais elle se calmait. Tranquillement, prenant mon autre main libre dans la sienne, elle s’endormit. Je la contemplai pendant deux heures, sans arrêter mon geste, pour être sur qu’elle ne se réveille pas en pleurant. Je finis par m’endormir à côté d’elle. Puis vers 4 heure du matin, j’allai dans mon lit pour ne pas l’effrayer à son réveil. Le lendemain, mon père parti je ne sais où, peut-être dans le bras d’une de ses anges noires et maléfiques, j’allai la voir. Je la trouvai dans le même état que la veille. Mais cette fois, elle parla.

–         Merci, dit-elle.

–         Tu sais que moi je t’aime Élisabeth… Je serai toujours là pour toi. Et un jour, il n’osera plus… Il regrettera. Il souffrira…

–         Est-ce qu’il est loin ce jour, Louis? J’ai peur. Je voudrais tant que maman soit là.

–         Je le souhaite autant que toi… Mais maman ne peut revenir…

–         Elle ne veut pas me voir?

–         Non… Elle t’aime Élie. Maman t’adore, plus que tu peux l’imaginer. Seulement, elle est prisonnière elle aussi. Quelque part qui nous est tous inconnus… Pour l’instant.

 ***

Même si on peut parfois prévoir les événements, dans ces cas là, on ne peut savoir quand ils se produiront. Nous gardons un minuscule espoir, car nous voulons croire en quelque chose, une seule chose en laquelle il est possible de rêver.

Même si j’ai honte de laisser seule ma sœur, les plus beaux instants de ma vie se passent dehors, à l’air frais où je peux créer tout un univers entier, comme je le souhaite. Il suffit de le sortir de sa poche, l’évader de son sac en plastique transparent, le rouler et le fumer. Puis, lorsque j’en ai le courage, après deux ou trois, je rentre avec un ego plus gros, plus puissant. Une fois que la scène recommence et que les mêmes bruits se font entendre, Je ferme les yeux, lorsque je les rouvre, je me sers quelques bons verres de tequila, puis jusqu’à l’étourdissement, je m’endors. Pendant quelques temps, je me sens guéri. Quel soulagement de voir que quelque part la vie me sourit. Que quelque part, certains descendent du ciel et se montrent enfin. Je me sens bien car j’oublie, jusqu’à ce que je m’endorme sur mes cauchemars lourdement répétitifs. Une nuit, je n’arrivai pas à m’endormir. J’en avais trop vu, trop entendu. Mes cauchemars se mélangeaient avec la réalité désastreuse et toutes ses images déjà-vu refaisaient surface au-dessus de mes iris verts. La pénombre n’empêchait rien. Je voyais tout, comme toujours. Sur le bord des larmes, le cœur fendu en milles morceaux, ma respiration difficile, j’allai dans la salle de bain, mouillai mon visage, me regardai, ridicule. À travers la vitre, je semblais noyé. Je l’étais, j’avais trop de douleur dans mes veines. J’ouvris l’armoire et me servis plus que nécessaire…

J’ouvris les yeux sur un plafond blanc, puis j’examinai ces murs bleus pâles. Ce n’était pas mon lit. C’était bien trop confortable. Je me levai au même moment qu’une infirmière entra dans ma chambre. Elle appela le médecin. Les somnifères avaient fait effet, j’avais même le front fendu prêt de l’œil, mais j’avais été sauvé à temps…

Je ne rejoindrai pas maman aujourd’hui. Puis entra ma sœur, tenant la main de ce salaud de père. Alors je compris. Je n’avais pas encore accompli ma mission de protecteur. Pourtant, j’étais détruit. Je me sentais rejeté par la femme en qui j’avais le plus confiance. En mon modèle, mon ange gardien. Je me sentais trahi. Heureusement, l’autre parti de moi me disait qu’il fallait rester en vie. Puisqu’elle n’avait jamais pu s’occuper de son amour Élizabeth, ma mère voulait le transmettre en passant par moi. Je suis le messager. Le porteur d’une lumière qui brillera le moment venu. Ma sœur, faible et tremblante, le visage défiguré, s’avança vers moi, glissa dans ma main un petit papier mal plié. De son écriture débutante, elle m’avait écrit des mots qui, au fur et à mesure que je les lurent, se gravèrent pour toujours dans mon cœur de pierre.

Cher protecteur,

Si tu savais à quel point tu m’a manqué. C’était encore plus terrible. Je me sens impuissante face à tout. Surtout face à la vie, mais encore plus face à la mort. J’aimerais pouvoir te donner le sourire en souriant moi-même. J’aimerais enlever le gros poids lourd dans nos cœur. Mais j’en suis incapable. Parfois, j’ai l’impression que c’est la seule chose qui nous relie. Dès ma naissance, mon monde s’est écroulé. Ça arrive à tout le monde de faire des erreurs, non? Pourtant, j’ai le sentiment que toute la terre entière m’en veut. Si tu entendais les paroles qu’il me lance parfois. Mais je ne sais comment les réparer. Je n’ai pas ton courage. Je n’ai pas cette force que maman t’a donné. J’espère qu’un jour, vous pourrez tous me pardonner, car je suis réellement désolé. Tu es mon soleil lorsque les choses vont mal et je ne t’ai jamais assez remercié, ni dit combien tu comptes pour moi dans ma vie. Tu es fort, intelligent et toujours prêt à aider les autres. Mais il faut t’aider toi-même. J’ai enfin vu maman cette nuit. Elle disait qu’à l’habitude elle venait te voir. J’étais contente de la rencontrer. Elle est belle maman. Elle m’a aidé à t’écrire ceci. Elle dit que tu dois rester en vie. Même si on ne se confie pas beaucoup nos pensées, je peux les lire dans tes yeux tristes. J’ai besoin de toi, je ne suis rien sans toi et la vie est difficile. Au plus profond de moi, une voix me dit de ne pas lâcher, qu’il faut continuer car je peux aussi te faire sourire.  Tu fais parti de moi, voilà pourquoi je m’accroche. Je t’aime, Louis. Ne l’oublie jamais.

Ma sœur avait écrit à m’en faire pleurer. Les hommes ne doivent pas montrer cette faiblesse. Nous ne sommes pas autorisé à verser des larmes ridicules, innocentes… J’ai vraiment besoin de ses substances. De ce monde magique où je suis le puissant créateur. Un univers parfait, violent, où ma colère résonne face à celle de la réalité. J’en ai besoin, là, maintenant. Mais je suis cloué sur ce lit de malade à voir la tête de Jean-Claude, mon fameux père sans sourire. Il a les yeux tellement rouges, à croire qu’il a pleuré. Mais c’est la comédie de l’alcool et de la fatigue. C’est le signe d’une personne perdu dans ses reproches et ses idées.

***

Je me suis rapproché de ma sœur. Elle a eu 7 ans hier. La nuit qu’elle a passé, une nuit blanche, n’était pas trop difficile à imaginer. Il ne l’a pas épargner. Au contraire, il a tellement d’amour a lui donner. Il pourra toujours s’inventer cette excuse, il ne sait pas mentir. La seule chose qu’il lui a épargner fut son sommeil. Elle s’efforce de sourire aux travers de ses marques et de ses larmes. Il l’a tellement frappé que j’ai moi-même peur de la serrer dans mes bras pour ne pas la casser. Comme une fleur qu’on aurait oublier d’arroser et qu’on force à rester en vie alors qu’elle voudrait s’effondrer de toutes ses pétales bleues.

«Ce monde sera jamais beau
Le monde est tellement fou
Ce monde, j’en aurais fait cadeau
Heureusement, tu changes tout

La nuit, y fait jamais chaud
La nuit, c’est comme un loup
Le loup voulait ma peau
Heureusement, tu changes tout

Mon ange, il est temps que je change le visage de mon dieu
Veux-tu étendre ta beauté sur mes brûlures?
Mon ange, les anges ont des yeux, des blessures
Si tu savais tout ce que je te jure, du fond de mon armure »

Une voix mélodieuse d’un ange blessé qui résonne sa voix à travers les nuages jusqu’aux étoiles. Puisque là-haut ils ne peuvent plus rien pour nous, il faut qu’elle transmette son message ailleurs, dans un rêve qui s’envole comme la fumée s’évapore d’une fusée qui décolle à la vitesse de l’éclair. Ma sœur chanta encore et encore cette chanson, assez bas le jour pour se réconforter, et assez fort le soir pour le provoquer. Je ne comprends pas pourquoi elle le cherche. Je sais qu’elle est guidée par un instinct puissant qui est en nous depuis le premier jour. Mais ce soir là, tout était de trop. Elle l’a tellement provoqué qu’il l’a presque tué. Il y a déjà 6 ans que cela dure; j’ai 13 ans et je ne me suis jamais habituée à ses cris de douleurs. Mais ce soir, tout était de trop. Elle chantait, et lui, fidèle à son 3e verre de vodka, le cœur au bord des lèvres, il s’avança, zigzagant vers elle. Cette fois, il s’arrêta une minute. Le temps semblait s’arrêter, je croyais me réveiller enfin. Puis il sortit un fusil qu’il cachait sur lui. Il le mit sur sa petite tempe. Elle s’arrêta, et s’en faire de bruit, la mer coula de ses yeux. Celle-ci grandit jusqu’à l’océan, et Élizabeth osa enfin me regarder. J’étais figé. Je devais agir. Mais comment l’empêcher de tirer, même de la blesser plus qu’il le fait déjà? Je pris un élan et m’abattit contre lui. Elle s’enfuit dans sa chambre pour ne pas voir la colère qui circulait entre lui et moi. Je le tenais, mais il réussit a reprendre l’arme dans ses mains. Si je n’aurais pas eu autant le courage de vivre, je l’aurais aidé à mettre fin à ce bordel. Mais je savais que plus loin, caché dans cette maison, une petite âme attendait de moi de l’aide. Je ne l’abandonnerais pas comme lui le faisait chaque jour. Je dû me rendre, il me quitta pour finir le drame répétitif. C’était milles fois pire, j’entendais les meubles cognés sur le mur, les cris, les pleurs, les claques. Tout. Quand il sortit, elle se remit à chanter d’une voix tremblante. Il frappa d’un solide coup de pied sa porte, et y fit un trou. Elle arrêta et il reprit un verre avant de vomir et se coucher. C’est alors que sortant par la fenêtre, je cherchai le meilleur plan qui s’afficherait dans ma tête. J’étais prêt à tout.

J’allai chez un ami qui me servit toutes les sortes de drogues possibles. Mais l’image de Roxanna, mon ange gardien, m’empêchait de ressentir l’effet, de me sentir bien, d’oublier. Je repartis donc à l’extérieur, et elle s’envola telle un fantôme. Au son des vagues de cette eau qui se cognent, cherchant une direction pour couler lentement, je m’approchai. Il fait bon sur ce pont. L’eau fut malgré tout plutôt calme, avec ce petit vent doux mais glacial de la nuit. Peu importe, cette eau me représente parfaitement. Après tout, je suis plus résistant que cette température. J’enlevai mon manteau. Je fus tellement fort, plus aucunes sensations ne m’atteignirent. Je trouvai dans mes poches le petit mot d’Élizabeth. Je commençai à lire le début. Puis l’eau me semblait figée comme de la glace. Un peu d’action et cette eau s’animerait. Je montai, habile comme un funambule, sur cette rampe glissante. Je pris une respiration, la feuille glissa de mes mains et je tombai.

***

Je me réveillai. Un regard blanc comme un drap et des yeux rouges inquiets, fatigués et apeurés me regardèrent, cherchant une raison.

–         Qu’est-ce qui t’as pris…

Je pris un instant pour me rappeler, pour comprendre.

–         Je voulais enfin, une fois dans ma vie, s’avoir ce que ça fait comme sentiment de pouvoir voler aussi haut que les anges, ceux dans leur petit lits bien douillets…  Mais il faut croire que les anges ne sont pas aussi forts que l’on croit. Ils n’ont pas d’ailes, c’est pour ça qu’ils ne viennent jamais nous voir, qu’ils ne sont jamais là quand on a besoin d’eux. Ils sont trop bien dans leur paradis…

–         Quand j’ai vu l’état dans lequel tu m’as quitté, ça m’a inquiété. Tu as sauté mais j’étais derrière toi, j’ai tout vu. Je suis descendu au lac, je t’ai rattrapé dans l’eau et je t’ai sorti de là…

–         Merci. Sincèrement.

–          Tu sais… Ta sœur a vraiment besoin de toi.

Il remit dans mes mains le petit message intact qu’Élizabeth m’avait écrit dans l’hôpital. Lorsque j’arrivai chez moi, ma sœur attendait dehors. Elle n’avait pas dormi. Elle sauta dans mes bras en me voyant. Elle savait tout. Nous rentrâmes et seuls, elle m’amena dans le salon.

–         J’ai eu peur Louis… Ne meurs pas. Je sais, c’est égoïste de ma part, mais ne me laisse pas. J’ai assez de ne pas avoir connu maman. Je ne sais ce que je ferais sans toi.

–         Arrête Élie. Je ne sais pas ce qui m’aie arrivé hier soir, j’étais perdu, j’ai agi sans réfléchir… Je pensais pouvoir rejoindre maman, je pensais être plus proche, je me sentais si près d’elle…

–         Qu’arriverait-il si Jean mourrait…?

–         Je ne sais pas. Je me pose la même question chaque jour. On serait probablement heureux.

–         Tu ne me quittera pas? Je veux dire… Si jamais ça arrive? On restera toujours ensemble, partout, peu importe ce qui ce passera? Tu ne laissera personne nous séparer?

–        Jamais.

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