Normal…

C’était une soirée d’automne comme une autre, ma montre indiquait 19h. Le soleil venait de disparaître derrière les arbres, mais je voyais encore la teinte orangée des nuages qui se dissipait peu à peu. Le noir engloutissait le monde sans qu’il proteste. Dans le petit village où je vivais régnait un silence de mort. Seules certaines personnes circulaient dans les rues, la plupart d’entre eux revenaient d’une dure journée de travail. C’est incroyable tout ce qu’on peut voir en marchant, mais, ce soir là, je ne marchais pas pour le plaisir; je cherchais quelque chose.

Je marchais le long de la rivière. Le flot des eaux coulait à un rythme rapide et constant qui semblait imiter les battements de mon cœur excité. Mes sens analysaient les alentours à la recherche d’un signe de vie. Puis, le son d’une branche que l’on casse retenti comme un coup de révolver à mes oreilles attentives. Mes sens étaient plus alertes que jamais, chaque mouvement était calculé. Je m’approchai tranquillement de l’endroit où j’avais entendu le bruit. Je trouvai ce que je cherchais. Ce qui suivi allait recommencer, encore et encore, je n’avais plus le choix.

 

____________________

 

Je me suis toujours demandé d’où venait ma maladie. Mes parents étaient normaux et le reste de ma famille aussi. Les causes héréditaires étaient donc éliminées. Les causes environnementales me semblaient fort plus probables, mais encore une fois j’avais, depuis ma naissance en mai 1980, toujours été l’enfant le plus gâté de la ville. Il reste donc la réponse la plus logique, mais aussi celle qui fait le plus peur, j’ai été chanceux. Certes, plusieurs personnes diraient que ma maladie doit être un fardeau incroyable et que c’est une malchance énorme! Ce n’est pas pour rien que je n’en ai jamais parlé.

Je ne crois pas connaître quelqu’un qui comprendrait. Il me prendrait pour un fou et m’enverrait à l’asile. Je ne suis pas fou, voilà une chose certaine; je ne vis pas dans une vieille bâtisse abandonnée en mangeant des rats et en écoutant des voix qui n’existent pas. J’ai un emploi stable, une femme, des enfants et un labrador. Je suis d’une normalité accablante pour l’œil externe, mais c’est une façade.

Mon cerveau ne fonctionne pas comme les autres. Je ne pense pas, ou plutôt, je ne résonne pas normalement. Je me suis rendu compte de cette différence lorsque j’étais en très bas âge. Peu importe le nombre de fois  qu’on me punissait pour mes méfaits, je ne comprenais pas pourquoi ce que je faisais était mal. J’étais tout de même d’un charme inouï, donc je ne me suis jamais fait punir sévèrement. L’incapacité de savoir ce qui est socialement acceptable était un problème. Je décidai donc de documenter les raisons pour lesquelles j’étais puni. En quelques semaines j’avais un code de conduite écrit de ma main qui me donnait l’habileté de déterminer ce qui constituait un comportement acceptable. Je doute que mon idéologie adhère à la norme, mais elle m’a permis de vivre de façon relativement normale… jusqu’à maintenant. 

Vous voyez, peu importe ce qu’ils font, les humains me dégoutent. Ils disent s’aimer, mais seulement à les regarder on voit que c’est faux. Ils mentent, ils tuent et ces idiots ne s’en rendent même pas compte. Se sont les pires hypocrites : je me rappelle d’un homme qui disait donner un quart de son salaire à des charités. Il faisait la morale à un vieillard qui ne donnait que 500$ par année. Le hic était que le vieillard gagnait moins de 20 000$ par année, tandis que le jeune homme avait un salaire qui surpassait 4 millions. L’hypocrisie de notre race n’a aucune limite, j’en suis la preuve. Ma haine de la race humaine m’amena au meurtre. Je commençai par de petits animaux, chat et chien qui étaient perdu dans le village, mais ce ne fut pas bien long avant que se ne soit pas assez. Je décidai alors de m’en prendre à de vrais animaux.

Un jour comme un autre, lorsque je revenais d’une longue journée de travail, un idiot me dépassa violemment avec sa motocyclette. « Hey! Le cave regarde où tu vas! », dit-il en partant. Une rage s’empara de moi, je décidai à cet instant que j’allais lui rendre un service, en le tuant. Bien sûr, je n’allais pas finir sa vie immédiatement, j’avais besoin de préparation. Je le suivis donc discrètement, tel un prédateur affamé, jusqu’à son domicile. Il habitait une jolie petite maison, seul. J’ai immédiatement envié la liberté qu’il avait, j’avais abandonné ce mode de vie en me mariant.

Après avoir noté l’adresse de ma future victime, je rentrai chez moi, dans la tanière du loup. Ma famille était contente de me voir, mon fils avait été accepté dans une équipe de hockey d’un plus haut niveau. Je fis semblant d’être fier de lui, il parti ensuite finir ses devoirs.

La porte de mon garde-robe n’ouvrait plus. C’était une opportunité incroyable pour aller chercher les outils nécessaires à ma tâche future. La quincaillerie était à moins de trois kilomètre de chez moi, c’était tout un immeuble. Les immenses étagères surplombaient les allées ce qui donnaient l’illusion d’être dans une ancienne ruelle de Paris. Les commis étaient pour moi des mendiants ne demandant qu’à être tuer pour ne pas souffrir de la peste ou de la famine, qui s’abattraient sur eux sans question. Je pris un couteau, une hachette, de la corde, j’avais tout ce que j’avais besoin pour en finir avec mon ami. J’étais tellement excité que j’oubliai pratiquement de prendre le tournevis nécessaire à la réparation de ma maison.

Il était tard, ma femme venait de se coucher et mon chien l’avait joint. Les enfants dormaient solidement et je n’aurais pas été capable de les réveiller même si je l’avais voulu. Je me couchai avec ma femme, elle me demanda si j’avais eu une bonne journée, et je fis de même. Je n’ai jamais compris l’utilité de telle conversation, ma femme me racontait ses problèmes comme si j’étais sensé faire quelque chose. Les êtres humains sont vraiment étranges, ils essaient de garder des secrets, mais ils les disent à tout le monde.  J’aimerais voir la face de ma femme si je lui disais comment j’ai tué tous les chats du quartier, comment je les éventre avant de les lancers dans le lac. Dès que ma femme fut endormie, je lui faussai compagnie.

Il était minuit, le soleil était maintenant couché depuis plusieurs heures. La noirceur engloutissait la maison de ma future victime. J’entrai dans sa cour, il y avait une petite piscine hors-terre. Je vis un objet briller sous une roche. Je soulevai la pierre et en voyant une clé je frémis de joie. Voila comment j’allais entrer dans sa maison. En marchant autour de son antre, tel un requin qui encercle sa proie, je vis l’homme que je cherchais,  il dormait seul dans son sous-sol, son ventre dépassait sous sa camisole.

Des croustilles étaient étalées sur son chandail. Quel être immonde, cette personne ne méritait certainement pas de vivre plus qu’un rat. Un filet de bave coulait sur son visage putride, la lune le faisait scintiller. Ce portrait fit naître une sorte de musique, une symphonie d’éléments qui ensembles formaient, les moments parfaits.

Tranquillement, j’ouvris la porte. Je marchai jusqu’à l’homme sans faire de bruit. Il était encore plus laid de près. Je vis, sur sa table de chevet, la photo d’une jeune femme. J’aperçu ensuite, une bague reposant délicatement sur le cadre. Cet homme avait été marié, je me demande bien la raison pour laquelle quelqu’un voudrait vivre avec cet homme. Peu importe, il était maintenant 1h et je devais me dépêcher.

Je commençai par lui ouvrir les artères fémorales. Une rivière de sang commença à coulé de la plaie. Le visage de ma victime se crispa de douleur. En trouant sa trachée, je lui empêchai de crier. La rivière devint un rapide, le rapide devint un torrent puis tout s’arrêta. L’homme cessa de bouger, le flot de sang s’estompa. Un silence effrayant remplit la petite pièce qui était d’un rouge éclatant.

Une euphorie s’empara de moi et je me senti vivant pour la première fois. La dernière fois que j’avais ressentie une émotion semblable était quand j’avais tué, pour la première fois, un petit animal inoffensif. Bien-sûr, ceci était d’un tout autre calibre, l’énergie que je sentais était inhumaine. J’eu du mal à rester debout, mes jambes tremblaient. Je savais maintenant comment je vivrais le reste de mes jours. Ceci allait recommencer, encore et encore, je n’avais plus le choix.

 Asphalte Mouille

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