S’exprimer sans mots

-Il s’appelle John Chénier, madame.

-Pourquoi ne le laisses-tu pas répondre? , demanda la surveillante

-Parce qu’il est muet, madame.

John est mon meilleur ami, en fait le seul et l’unique ami que j’ai eu! Il est le seul à me comprendre et qui reste volontaire pour moi. Il est prêt à tout pour me voir sourire un jour et si je verrais le sien je crois que j’aurais le mien aussi. C’est comme s’il pouvait exprimer, en me regardant fixement avec ses petits yeux vert tendre, les paroles qu’il ne pourra jamais prononcer. Je crois que même si je ne parlerais pas, il me comprendrais tout de même. Avec lui, je me sentais exister réellement car c’était le seul qui avait porté ses yeux sur moi et avec qui je sentais que j’étais vraiment quelqu’un. Exister, c’est vivre, c’est être en réalité. On existe tous mais il arrive que des gens se sentent incapable de vivre car ils n’ont pas raison de continuer d’avancer. C’est vrai, pourquoi avancer quand on sent qu’à chaque moment, on recule à grands pas de géant! C’est comme monter des escaliers roulants qui sont en train de descendre. On se débat pour les gravir mais on reste surplace. Le suicide, j’en entendais parler à chaque jour chez moi ! À chaque jour, ma mère, qui se lamentait encore sur le fait qu’elle tombait toujours sur des hommes qui ne l’aimaient pas pour elle mais pour son corps et à quel point elle avait fait une erreur de m’avoir accouché car j’étais rien, un simple parasite, me menaçait de s’ouvrir les veines. Je préférais ne pas y penser.

Driiing, la cloche retentit me ramenant du monde des pensées, annonçant la fin de mon deuxième cours. Lentement, je pris mes livres, poussai la porte du E-202, descendit les 36 marches des escaliers avant de me diriger vers mon casier. Les autres étudiants se déplaçaient autour de moi à la vitesse de l’éclair se dépêchant pour aller fumer une petit cigarette avant d’aller manger au restaurant au bout de la rue  ou encore pour appeler leur amoureux ou leurs amis. Il y avait des groupes : les populaires, les joueurs d’échec, les gothiques, les grunges, les sportifs, les musiciens et ceux qui servait de boucs émissaires au groupe de blagueurs. Moi et John ne faisions partis d’aucun de ces groupes! Nous étions des « inclassables » mais au moins j’avais quelqu’un à moi.

John arriva à la course collant un papier sur ma case où il était écrit avec son écriture soigné trois petit mots :

-Sophie. Chez moi ?

-Parfait, répondais-je à l’instant.

Je m’appelle Sophie Sanchez. J’ai 16 ans et je suis une fille qui ne sera jamais une beauté ou une sportive, ni une musicienne mais une personne qui est elle, et qui n’a pas la vie facile mais qui préfère se taire que se plaindre. Je ne l’ai pas choisie, j’aurais préféré être comme ces clones de la société mais j’étais différente, j’étais moi, tout simplement !

Nous prenions toujours ma voiture et Johnny partait la musique après que la clé du contact ait été démarré et que nous entendions ou plutôt ressentions le ronronnement du moteur. La musique était un point en commun que moi et mon meilleur ami partagions. Les vibrations qui émanaient de mes haut-parleurs étaient si magiques, ces sons étaient le fruit de travails remarquables exécutés par les plus grands orchestres du monde. Certes John n’entendait pas, mais il sentait la beauté de ces notes qui nous transportais dans un autre monde. L’univers musical était selon moi comme une orchidée; fragile et d’une beauté exceptionnelle. C’était un moyen de m’évader, d’oublier tous mes problèmes en tombant sous le charme de la Sonate à la Lune de Beethoven comme à chaque dîner avec lui. Lui, cet être pour lequel je réussissais à vivre et à oublier. Je me serais jeter dans les abîmes pour lui sauver la vie. Ce garçon, je l’aimais pour ce qu’il était, pour son respect envers moi, pour son dévouement, pour son amour et pour l’écoute parfaite qu’ il me témoignait et pour l’ami, le frère, le père qu’il occupait dans ma vie. Il était tout. Rien n’était comparable à l’amour que je lui portais, nous étions seuls, ensembles et riches dans la pauvreté dans laquelle nous vivions car à deux nous étions une entité, nous étions tout ce que l’autre avait besoin d’avoir.  Chaque parcelles de nos corps se complétaient pour que enlacés, nous nous donnions une chaleur si réconfortante que comme en écoutant du Beethoven nous nous faisions oublier ce qui nous entourait, nous laissant seuls dans le monde parfait où nous nous situâmes dans ces moments de bonheur pur.

Chez John, c’était immensément minuscule : un salon-cuisine-salle à manger deux chambres dans le fond de la pièce et une salle de bain qui les séparaient. Son père était partis et lui avait laissé un compte de banque avec un peu d’argent pour lui permettre de vivre. Sa mère étant morte d’un cancer rare, personne n’avait jamais été là pour lui. Nous nous ressemblions dans notre malchance. Mon père, je ne l’ai jamais vu parce qu’aussitôt qu’il a apprit que ma mère était enceinte, soûl, il s’est laissé flotter dans le vide jusqu’au sommet des vagues salées. Juste au dessus du pont Voutire, mon père est mort 8 mois et 2 semaines avant ma naissance. Ma mère depuis mon apparition se réconforte dans l’alcool et dans son travail de putain qui lui permettre de maudire davantage les hommes !

Lorsque j’étais petite, à tous les soirs je m’endormais en pleurant, priant au seigneur que tout ce train de vie cesse. Mais jamais mon souhait s’est réalisé et après quelques années j’ai arrêté cette habitude car cela ne servait plus à rien : c’était une cause perdu. « Si Dieu n’existais pas, il faudrait l’inventer. » à dit Voltaire, c’est ce que je me suis fais. Et ça m’a aidé à survivre au calvaire que je vivais à chaque jour. Mon Dieu était, dans mon monde imaginaire, un gentil monsieur qui avait enlevé tous les mauvais défauts et mauvaise choses de la Terre. Bref tout le monde était heureux et unis ensemble. Il n’y avait ni guerres, ni rien qui puisse détruire cette sérénité. À cette âge, j’étais bien naïve de croire que cela aurait pu exister. Mais je souffrais que j’avais besoin de m’accrocher à quelque chose et à cette époque John n’était pas là pour moi. Je criais mais aucun sons ne sortait, j’étais prise au piège tel un lion dans une cage. C’était comme être laissé seule avec mes craintes et mes frustrations sans avoir personne sur qui les cracher à l’exception d’une mère au regard vide, une mère qui était si perdue dans les boissons qu’elle ne ressentait plus aucune émotion, c’était la seule personne a qui j’aurais pu hurler tout ce que je vivais mais cela aurait fait le même effet que parler à un mur.

Après le dîner, nous nous dirigeâmes vers le petit dépanneur à côté de l’appartement de John pour acheter l’éternel Cherry Blossom, qu’on se partageait en deux partie parfaitement égale avant de s’en retourner à l’école.

Lorsque nous allions chez moi, il n’y avait pas cette tranquillité ni cette solitude qui régnait comme dans l’antre de l’amour de ma vie. On voyait que la misère dans laquelle je vivais dérangeait profondément notre moment de quiétude recherchée. John m’écrivais toujours des petits mots que je collais dans ma chambre pour que lorsque je rentre chez moi, je les lisent et que je pense que lui étais là même quand il ne l’était pas car il allait toujours être là pour elle même au delà de la mort. C’est ces mots qui la rassurait et qui lui rappelaient toujours pourquoi entêtée, elle continuait d’avancer ne voyant jamais de résultats. Le plus beau qu’il lui avait écrit était:

Notre amour durera aussi longtemps que le soleil sera. Car la chaleur de cet astre représente la passion brûlante qui m’enivre lorsque je te sens près de moi. Je suis muet de voix mais toi et moi savons très bien que nous n’avons pas besoin de nous parler car s’exprimer sans parler c’est la beauté d’un amour pur.

Parfois John et moi dormions un peu dans son lit ou nous adonnions à des activités pas très catholiques mais ces derniers temps, à cause des bleus sur ces jambes qui lui faisait souffrir le martyr nous avions cessés. « Je me cogne partout ces temps-ci! », m’avait-il expliqué. Mais avec la blancheur qu’il me montrais dans sa figure, sans parler des terribles cernes qu’il avait en dessous des yeux je commençai à m’interroger. L’amour rend aveugle, mais est-ce que moi je n’avais pas protéger l’amour de ma vie assez pour empêcher ce qu’il allait lui arriver cet après-midi là? Je n’étais plus sûre de rien. L’inquiétude m’avait à un tel point prise que je n’étais plus capable de me concentrer à rien. C’est hallucinant à quel point, lorsqu’on aime réellement quelqu’un, la douleur ressentit par lui nous déchire dix fois plus.  C’est comme si Être ne voulais plus être car avec une moitié qui a un jour été fusionnée malade comment continuer?

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