Lab Rat

J’avais peur. Peur qu’ils m’attrapent. Ils étaient derrière moi, criaient des ordres que je ne comprenais pas mais je m’en foutais, je voulais sortir de là. Nous étions sortis d’un couloir blanc par une fenêtre assez grande pour faire passer un enfant. Pendant que je courrais, j’entendais des coups de feu.

« Cours, une voix me disait, cours et ne regarde pas derrière. »

Je courrai, ils étaient tellement proches que je pouvais sentir leurs souffle dans mon cou.

Des aboiements retentirent dans mes oreilles. Ils avaient relâché les chiens. Je courrai tel un cheval chevauchant le vent jusqu’à ce que je croie que mes poumons allaient exploser. Puis, quelque chose me percuta par derrière et je tombai dans le vide…

Je me réveillai en sursaut. La sueur coulait le long de ma peau et mes cheveux étaient collés contre ma figure. Un rêve, ce n’était qu’un rêve, mais pourtant c’était toujours le même cauchemar à chaque fois que je fermais les yeux.

Un mouvement attira mon attention à côté de moi. Je regardai le lit sur lequel j’étais assis et vis une tête brune adossée sur l’oreiller. Bien, je ne l’ai pas réveillée.

 J’enlevai les draps qui me couvraient et me levai. La chambre d’hôtel que nous avions prise pour la nuit avait les murs d’un vert sombre et le tapis était d’un brun pâle. La chambre était munie d’une petite télévision, d’un lit double et d’une salle de bain.

Pendant que je cherchais mes fringues, j’allumai la télé pour écouter les nouvelles. Il n’y avait rien de nouveau :

« … les manifestations sont de plus en plus dangereuses, la Rébellion se montre de moins en moins tolérant envers le gouvernement. Quatre écoles sont maintenant fermées. Les rues de Montréal sont devenues des zones de guerre. Nous nous croirions dans une guerre civile… »

J’éteignais la télé. Rien n’a changé depuis hier. En fait, rien n’a changé depuis longtemps.

Tout a commencé il y a quatre ans dans un laboratoire spécialisé en toxicologie. Un des scientifiques a eu une crise cardiaque pendant qu’il faisait une expérience quelconque.

 La toxine s’est répandue dans l’atmosphère et a affectée une majeure partie d’une région du Québec. Heureusement, les scientifiques se sont tout de suite attaqués au problème. En quelques  jours, la toxine s’était volatilisée de l’atmosphère. Malheureusement, c’était quelques jours trop tard.

Le virus a affecté les enfants entre sept et quinze ans. Il a tué des milliers d’enfants.

Durant les mois qui suivirent, les scientifiques ont trouvés un anti-virus. Cependant, comme dit le sage, « Toute bonne chose a ses conséquences. » Le remède avait un effet secondaire. Il a affecté le cerveau des jeunes. Il a réussi à modifier des cellules du cerveau pour créer des « pouvoirs magiques ». Les enfants qui ont pris le remède ont développé des dons surnaturels. Chaque enfant a un don différent entre deux catégories classé Physique et Psychologique. Tout ce qui concerne les cinq sens tel que jouer avec le feu, se transformer en n’importe quoi ou voir infrarouge est classé Physique. Pour ce qui touche la mentalité des gens comme lire dans les pensés, l’hypnose et la clairvoyance, ont classe comme Psychologique. Suite à ces effets secondaires, les jeunes ont développé des déficiences bizarres soit physiques ou mentales (trois yeux, six doigts, l’autisme, comportement sociopathes, etc.).

Moi, je fais parti des Psy. J’ai seize ans.

Aujourd’hui, le gouvernement a donné l’approbation aux scientifiques qui, eux, veulent étudier le comportement de ces enfants doués. Au début, leurs études portaient sur des enfants volontairement offerts par leurs parents. Puis, ils ont commencé à payer les adultes et à kidnapper les enfants. Un bon nombre d’adultes ont refusé de coopérer avec le gouvernement et voulaient que les expériences sur les enfants soient arrêtées. Ils prétendaient que c’était inhumain.

À la suite de cette catastrophe, le gouvernement fédéral a décidé de fermer la frontière du Québec pour que personne ne puisse sortir ni entrer. Le Premier Ministre Canadien a parlé avec son homologue américain ainsi que les gouverneurs des états de Maine, Vermont, New Hampshire et New York pour s’assurer qu’ils fassent la même chose. De cette façon, le Québec a pu avoir sa souveraineté.    

Je m’enfermai dans la chambre de bain et ouvrit la petite douche. Un frisson me parcouru le corps tant que l’eau était brûlante.

Cela fait maintenant deux ans que nous voyageons partout au Québec pour nous cacher. Nous cacher de qui? Je n’ai pas la moindre idée. En fait je ne me souviens de rien de ce qui c’est passée de mon enfance jusqu’à il y a deux ans. Amnésie.

Tout ce que j’ai comme souvenir est le même cauchemar que je fais presque toutes les nuits. Cela fait deux ans que nous nous sommes isolées du monde.

Quand je suis sortie de la douche, je me suis regardée dans le miroir. Mes cheveux courts presque noirs étaient collés contre mon visage. Mon visage rond était d’une blancheur cadavérique et cela faisait ressortir mes yeux noirs. Je mesurais environ un mètre soixante-cinq. Si je n’avais pas été si musclée de nature, je ressemblerais à une anorexique. Je crois que la dernière fois que j’ai mangé était hier matin.

Nous avons de la difficulté à trouver quoi que se soit de digérable depuis que nous voyageons. Avec notre budget d’environ trente six dollars par jour en quêtant ou en volant, c’est difficile de manger et dormir sous un toit.   

–    Léa?

La porte de la chambre de bain s’ouvrit et la tête d’une petite brunette apparue dans le cadre de la porte.

–    Léa, ça va? Me demanda-t-elle.

–         Ouais, ça va.

Mais le ton de ma voix était faux et nous le savions tous les deux. Rien ne va ces temps-ci.

–         T’a fini avec la douche? S’empressait-elle de dire.

Je hochai la tête.

Elle ouvrit la porte un peu plus et je dus me déplacer pour y laisser ma place.

Elle s’appelait Kit. C’est un surnom latin qui signifie « chaton ».

Kit mesure un mètre cinquante-six. Ces cheveux longs et ondulés descendent dans le bas de son dos. Elle a l’air tellement fragile que j’ai peur de la briser lorsque que je la touche. Kit et moi sommes amies depuis le début des temps. Nous avons toujours été là l’une pour l’autre lorsque nous sommes dans des difficultés. En fait, nous nous sommes jamais laissée une semelle aussi longtemps que je me souvienne. D’ailleurs, Kit est la seule personne à qui je fais confiance.

– Alors, où on va aujourd’hui? dit Kit pendant qu’elle était dans la douche.

– On va prendre le train en direction de Québec.

– C’est pas un peu cher? Me demanda-t-elle avec inquiétude.

–  Oui, mais je pourrais convaincre l’homme aux billets de nous les offrir gratuitement, dis-je tranquillement.

 Soudain, le rideau de la douche s’ouvrit si brusquement que j’ai sursauté.

–         Tu pourras quoi?

Seulement la tête de Kit sortait de la douche, mais c’était assez pour montrer ce qu’elle ressentait.

–         Non mais t’es folle? me demanda-t-elle, furieuse. Ça fait deux ans qu’on se cache parce que des scientifiques veulent ton don. Ils ont des objets spécialement fait pour trouver tout ce qui est anormal. Et s’ils te trouvent, ils vont voler ta mémoire.

–         Tu pense que ne sais pas? La questionnai-je calmement.

Puis, je sortis de la chambre de bain.

–         Attend, tu n’es pas furieuse hein Léa? Je veux dire que nous en avons déjà parlé qu’on ne peut plus utiliser nos dons, surtout pas en publique.

Toute colère était partie de sa voix. Je la regardai droit dans les yeux et souris. C’est très rare qu’elle se fâche comme ça car d’habitude elle est toujours positive avec une belle joie de vivre. Moi, je m’en fou royalement, mais je ferais tout pour que Kit garde son sourire. C’est à peu près la seule chose qui me motive à demeurer positive envers la vie même si elle me fait chier.

–         Habille-toi, lui di-je simplement.

*

–         Tu es sûre que ça va marcher? Kit me chuchote à l’oreille pour la millième fois.

–         Si tu colles au plan, c’est sur que ça va marcher, lui répondis-je avec un sourire aux lèvres.

Ça, c’était Kit tout craché. Elle devient incertaine aussitôt qu’il y a une possibilité d’un danger. Un jour, cela va lui coûter la vie.

Nous étions dans la gare du train en file pour recevoir nos billets. Kit et moi étions séparées entre deux vielles dames. J’étais devant ces dames et Kit derrière.

Soudain, Kit fit semblant de trébucher et accrocha les deux grand-mères qui, elles, me bousculèrent par la suite.

–         Oh mon Dieu! Mais que c’est-il passé?, demanda l’une des dames.

J’étais accroupie à côté de la plus jeune des vielles dames qui étaient tombées.

–         Laissez-moi vous aider madame, dis-je poliment.

–         Merci jeune enfant.

Elle me prit la main et me regarda dans les yeux et tout d’un coup… j’étais en elle. Je voyais ce qu’elle voyait, sentais ce qu’elle sentait. Ses mémoires d’enfance me traversèrent l’esprit comme un film. Elle s’appelait Britane Monseigneur  et je connaissais tous ses secrets, du moins important au mieux gardé. J’ai senti ses moments joyeux, ses moments de détresse et son amour. Alors,  je lui rajoutai un souvenir. Un souvenir qui décrit que moi, Léa, lui avais sauvé la vie auparavant.

C’est alors que je détournai les yeux et je lui vis. C’était un homme habillé en noir de la tête aux pieds. Il avait un chapeau des années 50s noir, un manteau noir qui lui descendait jusqu’aux genoux, des gants en cuir noirs et des bottes d’armée noires.  Il se tenait debout au milieu du couloir en me regardant. Ses yeux étaient des puits noirs qui me figèrent sur place.

 Il avança vers moi avec une démarche déterminé, le toc-toc de ses bottes résonnait à travers mon corps. J’avais la chair de poule! C’est alors qu’il s’arrêta à deux mètres de moi et chuchota :

–         Trouvé.

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