Prisonnier

Il y avait quelque chose de déprimant dans la solitude. Certains aimaient ce temps réservé à passer avec eux-mêmes, à pouvoir penser clairement sans interférences des pensées d’un autre individu. Tandis que pour Lith, un jeune garçon d’à peine douze ans, c’était une période douloureuse.

À un si jeune âge était-il possible d’avoir perdu sa raison de vivre? Il en était bien convaincu ayant le cœur brisé après une séparation avec une personne qui lui était chère. Ce n’était pas une séparation banale en plus. Non. C’était la pire des pires, celle dont on ne revenait pas et dont il n’y avait aucun espoir de cela. Outre son meilleur ami, Faelan avait été la personne la plus importante à ses yeux. La personne avec qui il avait voulu vivre, mais maintenant cet être avait été effacé du monde. Pas du sien, mais des vivants. Le plus important des deux pour une relation tangible.

Ce qui était encore plus terrible dans toute cette histoire c’était qu’il était responsable de sa mort. Certes, on lui avait assuré le contraire, mais il n’y croyait pas. Cette impression que c’était de sa faute était plus que réelle, c’était la vérité. Le garçon réalisait à chaque instant passé seul qu’il était le meurtrier. Celui qui avait tué son être le plus cher. La seule personne qui avait été là pour lui. La seule personne qui l’avait aimé.

Voyez-vous, Lith était un garçon qui avait perdu ses parents à l’âge de cinq ans. Cela n’avait pas été une grande perte puisqu’il avait été maltraité jusqu’à cet âge. Il avait été une nuisance, un indésirable, un accident (gradation). Il n’avait jamais été aimé, on l’avait négligé et ce, même à l’orphelinat dans lequel il avait été placé. Un endroit terrible où les enfants avaient cette illusion de bonheur. Le maître des lieux trouvait ses plaisirs dans les soucis de ses orphelins (antithèse).

Ce dernier utilisait aussi les petits qu’il accueillait pour s’enrichir. Leur disparition n’était aperçue puisqu’ils étaient sans famille, c’était donc parfait pour lui. Un laboratoire utilisait des enfants pour réaliser des expérimentations et l’orphelinat leur fournissait. Toutefois, il y avait une règle qui épargnait quelques des jeunes. Si un orphelin venait à nouer un lien avec l’extérieur, il ne pouvait être envoyé là-bas. Évidemment, cela ne passerait pas inaperçu.

Lith avait eu Faelan, un médecin qui passait souvent devant la cour de l’orphelinat et qui avait aussitôt éprouvé de l’affection pour le blondinet. Ils s’étaient donc vus, ils avaient passé du temps ensemble, tout comme s’ils eurent été père et fils (comparaison). Néanmoins, l’homme était mort par sa faute et il ne reviendrait plus. Il ne le sauverait pas de son éventuel destin. Peut-être était-ce le prix à payer pour ce qu’il avait fait. Qu’avait-il fait, même ? Simplement un caprice de gamin. Il avait à peine quelques jours de cela que Lith avait perdu son meilleur ami et qu’il avait désiré voir son « père » ou plutôt ce qu’il considérait comme si. Un orage violent secouait la ville et il était imprudent de sortir. Faelan avait quand même voulu le consoler, mais évidemment, il avait eu un accident.

Bref, le garçon s’en tenait pour seul responsable et avec les remords, il n’avait pu protester tant lorsqu’on l’envoya au laboratoire. Ce fut ainsi qu’il se retrouva dans la cave pour subir les pires des tortures.

Les rayons du soleil sur sa peau, caressant de leur douce chaleur, lui manquaient terriblement à présent. Son état présent avait tout de la mort, n’ayant quasiment aucun contact avec l’extérieur si ce n’était pas aucun. Il avait l’impression d’être six pieds sous terre, ce qui n’était pas loin de la vérité. Il était confiné dans une cave, éloigné de l’humanité. D’ailleurs, cela lui faisait perdre la tête chaque jour. Aucune lumière ne traversait la fenêtre, donné qu’il n’y en avait pas une seule. Que des barreaux sur la porte et même cela ne donnait que sur un couloir de pierre humide et sombre. Son corps avait peine à le supporter avec des membres qui le faisait souffrir à chaque mouvement. La nourriture qu’on lui apportait, rarement, ne consistait pas à grand chose. Des restants maigres à peine assez pour le garder en vie et insuffisants pour lui redonner des forces.

Brisé par la solitude et les coups qu’on lui portait, son âme voulait quitter ce réceptacle inutile. Mais alors que l’idée de s’enlever la vie pesait agréablement dans son esprit, il repassait en mémoire le passé. Un passé qui lui semblait si lointain, si vieux, inatteignable… pourtant si près et récent. Comment pouvait-il le savoir? Les minutes se confondaient aux heures et les heures aux journées, puis les journées aux semaines et ensuite aux mois. Combien de temps se faisait-il qu’il pourrissait dans cet abysse? Qu’avait-il fait pour mériter ce traitement? Il ne se rappelait pas avoir été particulièrement mauvais…

Des coups de feu dans le couloir, des cris déchirant le silence. L’odeur de la mort, les cadavres qui s’empilent sur le tapis qui se teint de rouge…

Le réveil fut brusque et secoua sa frêle personne. Ses yeux s’ouvrirent et il se redressa sur le tas de foin séché. En effet, il ne dormait même pas sur un matelas, cela était un luxe qui ne lui était pas accordé. Le même cauchemar venait hanter ses nuits sans qu’il puisse le chasser ou l’affronter. Son cœur frappait furieusement contre sa cage thoracique et il respirait fort. Le néant l’enveloppait et pas même la faible lueur des chandeliers du couloir ne pouvait apaiser sa terreur. Il n’y avait rien à faire dans son cas. Depuis trop longtemps avait-il souffert ces images qu’il ne pouvait ni oublier, ni modifier. C’était impossible, c’était sa seule réalité dans cet enfer.

Des pas commencèrent à se rapprocher de la porte de sa cellule et le sang monta à sa figure pour battre contre ses tempes. Le meurtrier? Venait-il le tuer comme il avait tué tous ces gens dans le manoir? La crainte continua de ramper le long de ses membres et avant d’être entièrement figé, le jeune homme allât se tapisser dans un coin de la pièce. Sachez que l’esprit décousu de Lith avait produit des illusions et des souvenirs vains. La folie avait doucement fait sa place à l’arrière de son crâne et en avait fait son logement. Il était probable que des années sans contact amical ou affectif avec des humains pouvaient affecter quelqu’un. Le garçon avait grandi malgré ce que le laboratoire expérimentait sur lui. La plupart du temps, ses réactions étaient testées. Il était placé dans des situations cauchemardesques simplement pour savoir ce qui se passait dans le cerveau ou ce que cela faisait à l’individu. Vérité était, ces séances étaient aberrantes, transformant le pauvre petit en une créature d’émotions sombres. Il aurait pu devenir un adolescent comme les autres, il aurait pu devenir quelqu’un, mais on lui avait ravi cette possibilité. Peut-être que cette possibilité lui avait été enlevée depuis longtemps, depuis la naissance.

Enfin, les yeux à peine mieux que ceux d’un aveugle parcoururent le mur qui contenait la porte. Il vit une ombre se glisser devant les barreaux de la porte. Le cliquetis d’un trousseau de clé se fit entendre par la suite. Alors que l’enfant allait rendre l’âme et sombrer dans les cauchemars pour toujours, n’ayant plus d’énergie pour ce type d’angoisse, une lumière éclaira le visage de l’inconnu pour rassurer sa petite nature. Il supposa que c’était un des gardiens, mais il n’arrivait pas à replacer son visage. Il lui semblait les avoir tous vus, il lui semblait connaître tous leurs vices. Mais lui, qui était-il?

« Inutile de réagir de la sorte mon enfant, je suis venu t’aider… »

L’aider, lui? Mais pourquoi? Et qui c’était d’abord? L’homme s’approcha de Lith et lui prit la main sans trop établir un contact agréable. Ce fut assez étrange pour le blondinet qui s’abstint de peu de retirer sa main brusquement. Après tout, cette personne ne faisait que l’aider, ce qu’il ressentait ne pouvait être ses vraies intentions. Si cela devait être le cas, il n’aurait qu’à éprouver les regrets plus tard. De toute façon, autant souffrir ailleurs si cela voulait dire qu’il reverrait la lumière du jour.

« Mon nom est Kafflice… je serai là pour toi dorénavant, » murmura le gardien tout en entraînant le prisonnier à l’extérieur de sa cellule.

Les pleurs d’enfants mêlés à leurs lamentations et prières emplissent les oreilles. Ils étaient malheureux, mécontents ainsi que terriblement exigeants. Il faut les punir, les faire taire… Faire quelque chose! S’ensuit incapacité à se contrôler et la rage déferle toute seule, s’attaquant aux pauvres petites créatures. La rage le déforme et calme ces enfants misérables, oh si misérables.

Lith ne pouvait se trouver à être rassuré par la présence de l’adulte, ni par la façon dont il lui assurait sa présence. Cela n’empêcha pas que ce soir-là il quitterait l’enfer. Il retrouverait un semblant de vie, un nouveau départ. Pourquoi ne pouvait-il chasser cette impression de suivre sa mort? Un trouble infime qui était une goutte d’eau dans l’océan (métaphore) de son esprit.

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