L’institut

26 Décembre 1963, le corps de Rachel Brown avait été retrouvé. Le docteur Chuck Daniels l’avait lui-même aperçu, immobile derrière l’hôpital qui sombrait dans cette forêt peu connue. Cette patiente était devenue complètement cinglée, l’insomnie la rongeait, le peu de sommeil qu’elle pouvait se procurer provoquait en elle de multiples crises d’hystéries, en raison des nombreux cauchemars l’envahissants chaque nuit. Le docteur Daniels avait bel et bien étudié le comportement de cette femme durant son séjour a l’institut psychiatrique. Les heures de thérapies auxquelles  elle avait été soumise  démontraient  entièrement une déficience psychologique sérieuse envers cette patiente. Rachel s’inventait plusieurs scénarios, disant quelle était mariée puis voulant partir à la recherche de son mari imaginaire, elle se débattait, hurlant de rage, écrasant ses mains contre son visage attristé tout en se débattant sauvagement tel une bête enfermée en cage. Lors des thérapies de groupe, Rachel disait avoir  » les documents ». Elle glissait un petit papier au docteur puis éclatait de Son rire sadique qui  foutait la frousse à même les plus grosses brutes de l’univers. Pourtant, sur ce simple bout de papier, il était toujours inscrit: LES DOCUMENTS.
En s’approchant de son corps, le docteur Daniels conclu qu’elle c’était littéralement lancée par la fenêtre de sa chambre qui menait au sixième étage du bloque, pour enfin atterrir sur le sol enneigé. Ses cheveux noirs comme la nuit étaient trempés, s’aplatissant contre son visage , pieds nus, vêtue d’une mince robe de nuit blanche, son regard était fixe et pointait vers l’ancien moulin abandonné depuis déjà quelques années, du côté opposé de la rivière. Ses lèvres étaient complètement virées au pourpre, dû au froid de l’hiver qui l’avait paralysée. Le docteur Daniels s’agenouilla devant le corps sans vie de Rachel, regardant son visage sans émotion, puis dégageant celui-ci des fines mèches noires collées sur ses tempes. Elle était libérée. Mettant sa main dans la sienne, Chuck découvrit un bout de papier chiffonné au creux de la main froide de Rachel. Il reconnu vite fait le portrait du jeune homme lorsqu’il  l’ouvrit puis s’empressa de ranger ce précieux magot dans l’une des poches de son blouson. Chuck attendit l’arrivée des enquêteurs qui bien entendu, lui poserait une centaine de questions concernant l’incident. Malheureusement, celui-ci n’aurait aucune réponse. Il ignorait tout simplement la raison du suicide de Rachel Brown un lendemain de Noël. Malgré cet  incompréhension, Chuck aurait certainement fait de même, être condamné dans un institut psychiatrique menait à la mort. Cependant, Mme Brown n’avait manifestée aucun intérêt à quitter ce monde ces derniers jours.  Lucie, l’infirmière du bloque entra dans le bureau du docteur Daniels puis referma la porte avec une vitesse étonnante.
– Écoutez docteur, ne faites pas cette tête, elle était complètement cinglée cette patiente et vous le savez très bien. Ça va nous faire des vacances !
– Oubliez les vacances Lucie, j’essai simplement de comprendre. Apportez moi le dossier de Mme Brown je vous en prie.
L’infirmière tourna les talons, faisant grincer le plancher du bâtiment en piteux état, puis l’air embêté, laissa le docteur sombrer dans ses idées. Une fois revenue, elle lui lança le document tout en lâchant un soupir forcé.
– Maintenant, laissez moi seul, j’ai certaines choses à régler, mais avant de vous sauvez , apportez moi la liste des patients qui étaient présents lors de la dernière thérapie de groupe du 25 Décembre au soir.
– Vous là! Je vois très bien où vous voulez en venir, jouer aux espions n’est pas du tout votre domaine, Dois-je vous le rappeler , DOCTEUR ? Laissez Sherlock Holmes faire son boulot et faite le vôtre.
Sur ce, Lucie quitta la pièce, qui sombra dans un silence absolu.
La nuit tombait. Seule l’éclairage jaunâtre d’une lampe éclairait subtilement l’obscurité de la pièce. Les lunettes sur son long nez, le docteur Daniels détenait, entre ses mains, la vie, l’histoire de la patiente. Exactement TOUT avait été noté depuis son arrivée. Le cas de Rachel était particulier. En 1936, lors de son entré à l’institut, Chuck l’avait doucement interrogée au sujet de sa présence à cet endroit. Il lui expliqua qu’elle devrait être suivie et être sous surveillance dans l’institut psychiatrique pour un temps indéterminé. Plongeant son regard douloureux dans le sien, Rachel n’avait pas moindre idée de la raison de son arrivée a l’hôpital. Entre deux éclats de rire, elle lui dit qu’elle n’avait aucunement besoin d’eux.
Rachel vivait seule avec sa fille de sept ans à l’époque. Le père de celle-ci les avait abandonnée le lendemain d’une nuit où Rachel avait sombrée dans l’alcool. En fait, la maladie l’avait atteinte. Le trouble de la personnalité limite auquel Mme Brown souffrait évoquait en elle plusieurs sauts d’humeur, passant du fou rire à la colère. À la suite d’une agression durant son enfance, ces malheureux souvenirs la hantait. La patiente avait développée une rage en elle. L’accumulation de cet évènement avait peu à peu développé une personnalité borderline.  La peur de rejet entraînait plusieurs abandons. Elle repoussait subitement les gens avec qui elle entretenait de bonnes relations de peur d’être elle même rejetée. Sa propre fille en fût bien sur victime car le manque de confiance en sois était à la hausse. L’amour était impossible, pénible et égalait un futur abandon. Les changement d’humeur se faisaient de plus en plus fréquemment. Le tout mélangé à quelques verres de vin, le résultat était fatal. L’automutilation était probablement une libération, un échappement à cette douleur. Le faible estime d’elle même que Rachel pouvait éprouvée se transformait en histoire incompréhensible. Son regard évoquait la supériorité, tel un loup détenant le pouvoir de la meute. Le 25 décembre 1936, le lendemain d’un noyade abusive dans l’enfer de l’alcool, sa propre fille, était maintenant inconnue aux yeux de sa propre mère, Une infraction dans la maison. La petite  dû , certes, se trouver une nouvelle famille au sain du département de la protection de la jeunesse. Une fois de plus, Rachel avait abandonnée les souvenirs de sa raison de vivre. Sa fille.
Refermant le dossier, Chuck repensa à sa profonde lecture. Le lien se fit en un seul déclic, à la vitesse de la lumière. La mort de Rachel et le départ de sa fille avait tout les deux la même date, soit le 25 décembre. Es-ce la cause du suicide de Mme Brown ? Ces souvenirs avaient t-ils mutilés les derniers espoirs de vivre de celle-ci ? S’approchant du bureau obscure, des bruits de pas se faisaient entendre dans le couloir supérieur du bloque. Cet étage était destiné aux chambres des patients. La règle était pourtant claire, le couvre feux était à 22h pour tous. Les pas se rapprochaient de plus en plus et devenaient de plus en plus lourds. Le docteur Daniels entrouvrit légèrement la porte, laissant s’infiltrer un rayon de lumière dans la pièce, puis vit une ombre ou plutôt une silhouette apparaissant devant l’ouverture de celle-ci. Chuck sortit du bureau pour voir de qui il s’agissait.
– Mr.Harry? Que faite vous à cet étage? Vous devriez être dans votre chambre respective.
John Harry était un patient qui logeait dans l’institut depuis plusieurs années. Il était atteint de la schizophrénie. Le pauvre avait complètement perdu la tête. John regarda le docteur avec de petits yeux endormis, fatigués, épuisés, abattus.
– Je sais tout, dit -il en chuchotant d’une voix rauque.
– Vous savez quoi John ?
le patient fit apparaître un petit sourire au coin de ses lèvres sèches, puis tourna les talons , se dirigeant vers l’étage supérieur. Chuck le suivit, espérant avoir une réponse au délire de ce patient. Arrivé au fond du couloir, John s’immobilisa devant la chambre qui était complètement à l’extrémité droite de l’hôpital. Ce n’était pas la sienne mais bien celle de Rachel.
– Mr.Harry… pourquoi m’amenez vous devant l’ancienne chambre de Mme Brown?
– JE L’AI VU ! S’écria t’il.
– Qui sa ? La vierge Marie ?! Répondit le docteur.
Insulté , le patient entra dans la pièce. Tout était resté tel quel depuis le décès de Rachel. Son lit n’avait aucun pli. apparemment, celle-ci n’avait pas dormi ce soir là. Une fois entré dans la chambre, Chuck regarda autour de lui, l’odeur lui était familière, lui rappelait une certaine époque. Lorsque John regarda au bas de la fenêtre, un frisson parcouru son  corps maigrichon en entier. Le docteur n’attendait que des explications.
– Et alors ? Qui avez vous vu?
– Venez docteur, les pistes ne sont pas bien loin.
– Les pistes? Mais quelles pistes ?
John sortit à l’extérieur, longeant le grand mur de brique de l’hôpital. Ses pantoufles de laine étaient ensevelis sous la neige, mais le froid ne sembla pas l’arrêter.
– Regardez, les traces dans la neige. Des empreintes de pieds. Et puis cette trace ici. Ont dirait qu’un corps a littéralement été traîné jusqu’à cet endroit.
– Les traces peuvent seulement être celles des enquêteurs John.
– Et puis, lorsque Rachel aurait tombée, le neige aurait formée un trou, un cratère! AUCUN.
Le patient était complètement sérieux et fasciné par ce sujet. Ce fou était étonnamment intelligent.
– Rachel ne s’est pas suicidée docteur. Ont la tuée. Reste à trouver qui.
-Vous en êtes sur ?
-Plus que sur, et puis la photo, le portrait, enfin vous savez de quoi je veux parler docteur Daniels ? Où est t-il ?
– Un portrait? Mais quel portrait ?
– Ne jouez pas à ce petit jeu avec moi. Rachel avait toujours cette photo sur elle. Un homme, mais personne ne savait de qui il s’agissait. Vous l’avez?
Chuck sortit la photo de son blouson, la remettant au patient qui commençait à s’énerver.
– Vous? Mais pourquoi Mme Brown aurait un portrait de vous constamment sur elle ?
– C’est… une longue histoire .. familiale John..
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