Solitude



Je n’ai besoin de personne. Je n’ai jamais aidé personne et personne ne m’a jamais aidé. C’est comme ça que ça marche ici. Tu es dans la merde ou tu ne l’es pas mais tu ne peux pas t’en sortir comme ça. C’est pourquoi les gens à l’école ont dit que j’avais besoin d’aide. Moi je n’en veux pas de leur aide. Je vais très bien. J’ai dormi seul la nuit dernière car ma mère travaillait de nuit et mon père est encore allé prendre une bière avec ses amis. J’ai eu la trouille et je n’ai pas dormi de la nuit. À part ça, je vais bien. Plus j’y pense, ce n’est pas moi le problème. C’est toujours les autres le problème.

 

Je suis en secondaire un et je peux dire que c’est la pire place au monde. Trop de bruits, trop de gens, trop de devoirs, trop de professeurs, trop de tout. J’ai aucune idée pourquoi mais les personnes ressources de l’école ont dit que je n’étais pas dans des conditions normales et que je pouvais avoir accès à des ressources. Mais j’avais compris le principe des adultes, j’avais compris comment se débarrasser d’eux. Ils t’approchent, tu leur souris gentiment avec un air inoffensif et tu leur réponds que tout va bien. Ils m’ont laissé tranquille.

 

Après un mois, ils sont venus me voir pour me dire de rester après l’école, que mes parents étaient au courant et qu’ils viendraient me chercher quand la soirée serait terminée. Ma tête ressemblait à un examen de 50 questions comme celui que je venais d’échouer en mathématique et j’avais des points d’interrogation dans les yeux.

 

C’est là que je l’ai rencontrée pour la première fois. Elle était petite mais semblait avoir un grand cœur et semblait un peu timide. Non ce n’est pas vrai. Elle n’était pas timide, mais les épreuves qu’elle devait traverser la rendaient timide. J’avais compris tout ça juste en la regardant. J’avais perçu toute sa personnalité dans un seul regard. On n’en fait pas souvent des rencontres comme celle-là. J’ai tout de suite su que c’était la seule personne qui me connaîtrait vraiment et en qui j’aurais confiance. Comme un coup de foudre. Un coup de foudre amical. Pas un coup de foudre d’amour! Beurk! Elle s’assit à côté de moi et une enseignante m’expliqua ce qui se passait. J’étais jumelé avec cette fille jusqu’à la fin de l’année et nous aurions des rencontres une fois par semaine. Tout ça dans le but de me sentir moins seul et m’aider à traverser ma période difficile et la sienne aussi. Nous pourrions faire du sport, du bricolage et toutes autres activités qui nous permettraient d’avoir du plaisir et d’oublier nos problèmes. En d’autres mots, elle était devenue ma Grande Sœur.

 

La première rencontre fut silencieuse. Une heure à se regarder dans le blanc des yeux sans échanger aucune parole. On pouvait communiquer sans même se parler. Je trouvais ça parfait, moi qui n’étais pas très bavard. Les rencontres n’avaient rien d’intéressant jusqu’à présent mais je les appréciais quand même. J’avais pris goût à avoir de l’attention et me sentir apprécié au moins une fois par semaine.

C’était devenu mon moment préféré de la semaine. J’attendais avec impatiente le moment ou je pourrais retrouver Sarah pour faire des activités sans jamais échanger plus de deux ou trois mots.  La surveillante ne trouvait pas cela normale et voulait me donner une autre Grande Sœur. Je refusai aussitôt, je voulais garder Sarah avec moi. Il y a deux semaines nous avons eu la rencontre la plus intéressante depuis le début de notre jumelage. Nous avons enfin échangé quelques mots.

-Comment va Laurent aujourd’hui?

-Bah… Je suis un peu fatigué. Je me suis couché tard.

-Oui moi aussi.  Pourquoi tu t’es couché aussi tard? Normalement un garçon de ton âge y doit s’coucher tôt.

-Mon père y’avait trop bu et y’a crié sur ma mère toute la soirée ça m’empêchait de dormir. Toi?

-Chui allée chercher ma mère trop saoule après sa soirée.

C’est à ce moment qu’on a compris vraiment qu’on avait les mêmes problèmes.  Sara continua à parler :

-Ques tu fais ce soir?

-Surement la même chose qu’hier. Toi?

-Viens avec moi j’va te montrer queque chose j’te rapporte après.

Sara savait très bien que les rencontres à l’extérieur de l’enceinte de l’école étaient interdites, mais je crois qu’elle s’en foutait un peu et qu’elle préférait ne pas rester seule. Je n’avais encore aucune idée de ce que Sara avait tant hâte de me montrer.

Le lendemain nous nous sommes rencontrés comme prévu derrière le dépanneur Léger. Il faisait noir et j’avais quelques frissons. J’avais confiance en Sara mais je la connaissais quand même depuis peu donc je pouvais quand même être en danger. J’avais décidé de lui faire confiance. Après tout elle aussi elle me faisait souvent confiance. Nous avons parcouru la rue Lefrancois dans le silence total me posant mille questions sur notre destination. Elle s’arrêta soudain devant une ruelle très sombre dans laquelle je ne me serais jamais aventuré seul, éclairé peut-être par le fruit de notre amitié. Une petite porte se trouvait à notre droite. Elle était couverte de graffiti et on pouvait savoir qu’elle était là que seulement si on connaissait son existence. J’avais maintenant la frousse. J’aurais tout fait pour me retrouver ailleurs, n’importe où mais pas ici. Je devais à tout prix faire confiance à Sara. C’est alors que quelqu’un en sorti comme d’une boîte à surprise. Un garçon un peu plus vieux que nous, les cheveux blond et les yeux bleus. Il n’était pas très choyé par la vie selon son visage plein de boutons. À l’intérieur se trouvait pleins de salles différentes avec un nom sur chacune des portes. Chaque chambre contenait un lit, un bureau, une chaise, une fenêtre donnant sur la ville de Montréal et des écritures sur les murs. Ces petits logements servaient à abriter les jeunes de notre âge qui n’ont pas de famille ou personnes pour les aider. Sara n’en avait pas un à elle mais se servait souvent de celui de sa meilleure amie qui était rarement présente pour se réfugier lorsqu’il y a des moments très difficile avec sa mère.

-J’sais pas pourquoi jte montre sa mais j’sais que s’pa toujours drôle comme moi fack tu pourras venir ici quand t’en aura besoin. Parle pas beaucoup au gens autour de toi sont un peu bizarre pi barre la porte si  tu dors ici. Mais sens-toi comme chez toi.

C’est pour sa que je l’aimais Sara. Elle comprenait ce que j’avais besoin sans même lui dire.

On a continué à se voir même si c’était interdit entre les heures permises. Nous nous cachions toujours et évitions aussi de passer près de l’école ou près des gens concernés. On voulait pouvoir continuer à se voir et garder un contact plus important que celui que nous avions une fois par semaine à l’école.

Un soir, alors que nous nous étions donné rendez-vous à l’éternel dépanneur Léger, une auto pour nous inoffensive croisa notre chemin. On ne le savait pas mais le directeur de l’école venait de passer juste à coté de nous. Il était au courant de notre dossier et surtout que nous ne devons en aucun nous contacter à l’extérieur de l’école.

Après plusieurs réflexions avec les membres de l’organisation, ils vinrent à la conclusion que les rencontres seraient interrompus et que nous avons en aucun cas le droit de nous voir ou de nous contacter. POUAH! Ils pensaient vraiment que nous allions les écouter. C’est justement ce sentiment d’interdit qui nous poussèrent à nous rencontrer presque tous les jours sans que personne ne soit au courant. Parfois au parc, parfois à sa cachette secrète, parfois en arrière du dépanneur. Je n’en revenais pas à quel point cette fille si petite et si timide pouvait m’apporter cette grande chose que je ne pouvais nommer mais qui était essentiel.

Trois semaine plus tard, je rentrais à la maison après l’école et quelque chose clochait, mes parents étaient là. Depuis la maternelle je suis toujours seul après l’école. Ce n’était vraiment pas normal, la terre tournait surement dans l’autre sens.

-Assis-toi faut quon te parle.

-Quoi?

-Moi pi ton père on en a assez on va se separer. Chpu capable del ramasser.

-Pi toi esti t’es toujours en train de coucher à gauche pi à drette tes tu mieux salope?

-Eille j’t’ai dit de pas parler de même devant Laurent j’tel l’avais d’ja dit. Tu vas vivre avec maman Laurent le temps que ça se calme.

-Eille la folle! Ya le droit d’habituer ou’c qui veut. Y choisiras y’est assez grand ciboire.

C’est les derniers mots que j’ai entendu de mes parents. Je  pris mon sac d’école avec mes choses importantes et je partis avec mon cœur dans mes bottines. J’avais aucune envie d’y rester ni de devoir choisir avec qui je continuerais de vivre mon calvaire, c’était égal avec les deux de toute manière. Au début je ne ressentais rien, ensuite la tristesse, puis la colère, l’envie de les tuer, l’envie de mourir, l’envie de rien. J’avais seulement envie de retrouver Sara.

Je me rendis là où elle était toujours à l’habitude mais elle n’y était pas. Je me rendis alors chez elle. Je connaissais l’endroit parce que je l’avais espionné l’autre soir quand elle y est retournée, mais elle n’y était pas non plus. Elle n’était nulle part, mais c’est elle que j’avais besoin de voir au plus haut point.  Une drôle de sensation me parcoura le corps, je devais à tout prix retrouver Sara.

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