miroirs vers Satan

C’est comme si j’embrassais Satan

il me touche et ses mains sont des sortilèges

des ensorcellements

Sous ses dix mille baisers

ma peau ardente

succombe

ma chair

vive

les mots

mes lèvres

Silence de feu

mes yeux noirs de cristal posent sur lui un dernier regard avant de m’oublier dans ses bras

je le vois enfant

je le vois vieillard

fuyant le bruit de la vie

Je sais que je ne reviendrai plus ici

je sais qu’ici n’existe plus

je sais

*

Toutes mes morts toutes mes blessures chaque perle de mon sang

me murmurent sa voix

me rappellent un instant que je cherche toujours

j’étais vivante d’agonie

C’est comme si j’embrassais Satan

il me touche et ses mains sont des sortilèges

des ensorcellements

sous ses dix mille baisers

ma peau ardente

succombe

ma chair

vive

les mots

mes lèvres

silence de feu

mes yeux noirs de cristal posent sur lui un dernier regard avant de m’oublier dans ses bras

je le vois enfant

je le vois vieillard

fuyant le bruit de la vie

je sais que je ne reviendrai plus ici

je sais qu’ici n’existe plus

je sais

*

toutes mes morts toutes mes blessures chaque perle de mon sang

me murmurent sa voix

me rappellent un instant

où je me souviens avoir respiré

C’est comme si j’embrassais Satan

il me touche et ses mains sont des sortilèges

des ensorcellements

sous ses dix mille baisers

ma peau ardente

succombe

ma chair

vive

les mots

mes lèvres

silence de feu

mes yeux noirs de cristal posent sur lui un dernier regard avant de m’oublier dans ses bras

je le vois enfant

je le vois vieillard

fuyant le bruit de la vie

je sais que je ne reviendrai plus ici

je sais qu’ici n’existe plus

je sais

*

toutes mes morts toutes mes blessures chaque perle de mon sang

me murmurent sa voix

me rappellent un instant

où je me souviens avoir respiré

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dans une voiture inconnue

Il avait environ quarante-cinq ans et j’en avais seize : il faisait l’âge de mon père! Nous étions assis dans cette voiture dont je n’oublierai jamais l’odeur rance, et dans laquelle, heureusement, je ne remontai plus jamais suite à ce jour sordide.

Après à peine quelques minutes passées ensemble à faire du « parking », minutes qui semblèrent durer une éternité et durant lesquelles je m’affairais à manipuler ce long membre rigide de haut en bas, découragée, tandis que lui regardait droit devant, en grimaçant. Il ne disait pas grand-chose, mais je lisais sur son visage irrité qu’il ne paraissait pas du tout satisfait. Une larme me vint, puis une autre, puis un flot continu.

Il me regarda dans les yeux, peu impressionné par mes pleurs – il en avait vu d’autres! – et me dit qu’il voulait que je réessaye, qu’il était habitué avec les jeunes sans expérience, que c’était surtout frustrant de gaspiller vingt-cinq dollars pour que les choses se terminent en queue de poisson. Il avait raison, je n’avais jamais essayé ce genre de manœuvre auparavant; ce n’est pas comme si j’avais ce qu’il fallait pour me pratiquer chez nous! Mes amies m’avaient pourtant averti : il s’agissait d’une opération délicate qui requérait un certain doigté…

Il rappliqua et me demanda de me dépêcher. Il n’avait pas toute la journée! Ah, l’écœurant…

À force de travailler à m’en arracher le bras et jusqu’à faire se balancer la voiture, une douleur intense me prit au poignet. Je figeai. Je pensai que je n’étais tout simplement plus capable de le satisfaire. J’avais échoué. Adieu, vingt-cinq dollars! Adieu, dignité!

À ce moment précis, une rage profonde monta en moi. J’eus envie de vomir. Je n’arrivais pas à respirer calmement, contrôlant de peine et de misère le dégoût que m’inspirait cet homme. Je voulus lui dire qu’il était un salaud, un sans cœur, un tortionnaire de la pire espèce, un déchet humain…

Mais je n’en fis rien. Je n’ai jamais osé le lui dire.

À la place, je séchai mes larmes, ramassai le peu de confiance qu’il me restait, remis une main sur le volant, l’autre sur le levier de vitesses et entrepris pour une cinquième fois de réussir mon stationnement parallèle en tentant d’ignorer le regard exaspéré de l’examinateur de la SAAQ.

Fantastique

On peut coucher dans rue
sans se faire piller d’ssus
Y a des feux d’artifice
ça sent le dentifrice
Les magasin sont ouvert très tard ce soiiiiiiiiiiiir

On peut s’piquer dans rue
en mangeant des pogos
Des policiers tout nu
qui tire dans des flaques d’eau

Les lampadaires sont verts
C’est fantaaaaastiiiiiiiiique

Fantastique, fantastique
Oh oui, c’est fantastique, fantastique
Oh oui, la rue est fantastique ce soiiiiiiiiiiiir
C’est fantastique

On peut masser la rue
avec des cigares aux choux
En regardant mes longues-vues
y a un plan de ma face qui me fait coucou
Les enfants nous vendent d’la crème en glace ce soiiiiiiiiiiiir

On peut manger dans rue
sans se faire cracher d’ssus
Y a des spectaks gratis
Ça goûte le dentifrice

Le monde est mal habillés mais sont beau
C’est fantaaaaastiiiiiiiiique

Fantastique, fantastique
Oh oui, c’est fantastique, fantastique
Oh oui, la rue est fantastique ce soiiiiiiiiiiiir

Fantastique, fantastique
Oh oui, c’est fantastique, fantastique
Oh oui, la rue est fantastique ce soiiiiiiiiiiiir
Oh oui, la rue est fantastique à soir

On peut danser dans rue
en chantant du Cabrel
Avec des acteurs qui puent
qui jouaient dans « Poivre et Sel »

La rue est swell
a doit avoir une date ce soiiiiiiiiiiiir

On peut nourrir la rue
si on y met du sien
On peut y faire du jus
à saveur de raisins

J’donne un diplôme de raisins à la rue
C’est fantastique

Fantast…
Fantastique, fantastique
Oh oui, c’est fantastique, fantastique
Oh oui, la rue est fantastique ce soiiiiiiiiiiiir

Fantastique, fantastique
Oh oui, c’est fantastique, fantastique
Oh oui, la rue est fantastique ce soiiiiiiiiiiiir

C’est plus que beau
Fantastique, fantastique
Oh oui, c’est fantastique, fantastique
Oh oui, la rue est fantastique ce soiiiiiiiiiiiir

Les Denis Drolet

la peur

Tout le monde croit que je suis sociable, mais au fond je suis seule. Même dans des moments de bonheur, j’ai cette nette impression de solitude, celle du poisson qui frétille sur le pont du navire, devant les matelots naïfs qui croient que sa danse en est une d’allégresse.

J’ai peur d’arrêter de changer. Je change perpétuellement. C’est à peine si j’ai le temps de me connaître que déjà je suis une inconnue.

Comme bien du monde, je ne sais pas pourquoi je suis ici, alors je cherche.

Je me cherche. Et ça me fait peur.

J’ai peur de ne pas en savoir assez, mais j’ai aussi peur d’en savoir trop.

J’ai peur d’être lue.

Et c’est cette peur qui me garde éveillée, qui m’ouvre les yeux sur la vie, surtout lorsqu’elle est sombre.